vendredi 16 avril 2010

Pour un livre numérique créateur de valeurs

Le Premier ministre, François Fillon, s'est vu remettre hier, 15 avril 2010, par Christine Albanel le rapport qu'il lui avait commandé sur le livre numérique et qui est censé être : « le dernier maillon d'une longue chaîne de réflexion ».
Titré : Pour un livre numérique créateur de valeurs, ce rapport, qui se présente comme : « une contribution », fait d’abord le constat de la situation (« Le livre numérique est au cœur d’un paradoxe : le marché, du moins en France, n’existe pas encore vraiment, et pourtant chacun sait que ses contours se dessinent de façon accélérée, et sans doute irréversible. D’où le sentiment d’urgence qui tenaille les acteurs de la chaîne du livre. »), avant de parcourir les enjeux pour le modèle culturel français [j’aurais aimé lire : francophone] :
« - Démocratique, c’est l’évidence, car l'Internet est sans doute […] la meilleure façon de donner à chacun les "clés du trésor", trésor-livre […]
- Projet culturel. Numériser les livres, c'est donner à notre patrimoine écrit, à notre langue, les moyens de leur rayonnement dans un monde sans frontières […]
- Projet économique, bien sûr. Le livre est la première de nos industries culturelles. Nous ne devons pas manquer le rendez-vous […]. »

Au détriment du livre papier ?

A la question : Son essor se fera-t-il au détriment du livre papier ? le rapport estime que « le plus probable sera la montée en puissance d’une double pratique ».
Cinq axes prioritaires sont ensuite rapidement développés :
« - Définir le cadre légal et fiscal le plus approprié au développement du livre numérique. [Un prix unique du livre numérique, et, un taux réduit de TVA. Voir illustration tableau ci-dessous : Différences de TVA entre livres papier et livres numériques en Europe.]
- Veiller à ne laisser personne, et nous pensons en particulier aux petits éditeurs, aux libraires, au bord du chemin de la numérisation.
- Créer une porte d’entrée commune, le « nouveau Gallica », outil partagé des acteurs publics et privés, qui soit la vitrine de l’offre numérique française.
- Porter une exigence en matière de politique européenne commune du livre.
- Enfin, encourager l’offre numérique privée à s’unifier et à se donner les moyens de son développement. »


La principale recommandation de ce rapport, dont je vous laisse découvrir les détails en le téléchargeant [lien téléchargement], est la création d’un groupement d’intérêt économique (GIE) du livre français (« Un tel groupement aurait les avantages de la réactivité, de la souplesse, de la concentration des moyens, de l’identification des responsabilités. Il porterait, via la BnF, les missions traditionnelles de numérisation du patrimoine hors droit, nouant tous les partenariats utiles à cette tâche, notamment avec les grands moteurs de recherche, et pourrait exploiter lui-même nos richesses communes dans des conditions que nous allons proposer, ce qui s’inscrit dans l’esprit du grand emprunt : avoir quelques retours là où l’État consent un immense effort. […] Ce groupement devrait également prendre toute sa place dans un projet essentiel : l’élaboration et l’harmonisation des protocoles de description des ouvrages. Cet objectif de normalisation des métadonnées doit être partagé par tous les acteurs, publics et privés, nous y reviendrons, puisqu’il joue un rôle clé dans le référencement des œuvres, dans leurs modalités de protection ou de distribution et plus largement, dans la visibilité de la création française dans son ensemble… »).

Mes conclusions à la lecture de ce rapport sont :
D’abord, que les États sont décidément comme les tortues géantes des Galápagos, tandis que les multinationales anglo-saxonnes de l’électronique et de l’entertainment sont, elles, comme des lièvres. Question : la fable de notre bon monsieur Jean de la Fontaine, “Le lièvre et la tortue”, est-elle encore applicable au 21e siècle ?
Ensuite, que les mêmes recommandations (prix unique, Tva, etc.) reviennent inlassablement comme une litanie, qui endort plutôt que de pousser à l’action (une nouvelle fois, rythme de la tortue et vivacité du lièvre).
Enfin, que dans cette pléthore de rapports, tous auditionnent pratiquement toujours les mêmes personnalités, dont les points de vue qu’ils peuvent exprimer sont forcément conditionnés et orientés par leurs responsabilités (et leurs appartenances, notamment politiques et/ou syndicales), ainsi que par les contingences économiques des structures qu’ils représentent et qui, le plus souvent, les rémunèrent. (Quid alors de l’indépendance et de l’objectivité ?)

Aussi, en ce qui me concerne, je recommanderais :
- La création d’un “Think Tank” (groupe de réflexion public-privé), qui pourrait être, à la fois, un observatoire indépendant, une force de propositions, et un comité de suivi et d'éthique, regroupant les “insiders” de l'édition papier, et, de l’édition numérique, ainsi que des experts de la prospective et de l'économie de la connaissance.
- Une implication directe du Secrétariat d'État chargée de la Prospective et du Développement de l'économie numérique auprès du Premier ministre, sur ce qui concerne les dimensions prospectives du livre et des pratiques d’écriture et de lecture.

© Illustration : tableau “Différences de TVA entre livre papier et livres numériques en Europe” extrait du Rapport de Christine Albanel, “Pour un livre numérique créateur de valeurs”.

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