mercredi 23 février 2011

Former et informer les futurs professionnels de l'édition numérique

Il est capital et urgent de former et informer les futurs professionnels de l'édition numérique.
C'est donc armé de cette certitude éprouvée que je signale et recommande ici la Journée Portes Ouvertes de l'Ecole ESTEN [Ecole Supérieure des Techniques de l'Edition Numérique], première école supérieure en France dédiée à l'édition numérique, et qui aura lieu le samedi 12 mars 2011 de 09H00 à 18H00, à l'Institut De Touraine, 1 rue Grandière à Tours.

Lien invitation sur Facebook...

Voir également sur un sujet proche mon post précédent : Former et informer sur le marché du livre numérique ...

lundi 21 février 2011

Après le Livre ?

En janvier dernier, François Bon a publié dans sa propre maison, Publie.net, un livre numérique ayant pour titre : APRES LE LIVRE, et accompagné dans sa présentation de la question : "qu'est-ce que l'écriture numérique change au destin du livre et aux enjeux de la littérature ?".

Tout cela est crucial, en effet, nous serions à un carrefour, peut-être, à moins que nous n'ayons tout simplement pas le choix ?
Ce que je cherche à dire ici c'est que, personnellement (je dis bien : personnellement, car je pense, et ceci m'apparait assez clairement à la lecture du livre dont il est question ici, que François Bon est plus familier et plus confiant que moi dans les outils de l'informatique qu'il fréquente depuis... : "Mon premier contact avec les ordinateurs remonte à l’Ensam, écrit-il, Bordeaux en 1972 : grosse installation avec cartes perforées et langage Fortran"), ce que je cherche à exprimer donc, c'est que, en ce qui me concerne, je ne souhaite pas tant que cela, pas particulièrement, ce passage de l'édition imprimée à l'édition numérique, que nous vivons depuis au moins 1971 et le lancement du Projet Gutenberg par Michael Hart (François ferait lui remonter cela bien antérieurement je crois, et moi aussi parfois lorsque je me mets à réfléchir la lecture prise dans un vaste sentiment océanique de la langue : Babel plus que la Bibliothèque d'Alexandrie, les glossolalies, et cetera).
Ce passage de l'édition imprimée à l'édition numérique, je ne le souhaite donc pas particulièrement en tant que lecteur individuel. (Ce qui a pu me valoir une certaine forme d'ostracisation d'une île bien éloignée de celles qu'aborda Ulysse... Retour d’Ouessant. Pandémie Apple. Démangeaisons de Tweets).
Je ne le souhaite pas particulièrement, mais il est certainement inévitable, simplement parce que le monde est en évolution constante et, surtout, que force est aujourd'hui, en 2011, de constater que les pratiques de lecture(s) changent elles aussi.

Le livre d'un pionnier chercheur d'or

Les pratiques de lecture changent et mon propos n'est pas ici de faire une critique académique de cet essai (à la vérité agrégation de "posts", de billets, "36 incises"...) de François Bon, mais seulement de souligner deux points :
- Premier point : je suis choqué par le peu d'échos, tant en on line qu'en off line, de ce livre, paru il y a déjà un mois,
- Second point : j'en recommande la lecture de toute urgence, tant je suis pour ma part persuadé qu'il est aussi important aujourd'hui de lire Après le livre, de François Bon, que de lire Apologie du livre, de Robert Darnton.

Cela dit...  
Les nouveaux territoires digitaux ne sont certainement pas un Eldorado. Je n'y crois pas. L'histoire nous a appris ce que ces contrées mythiques supposées regorger d'or avaient charrié comme flots de désillusions et de sang.
Mais ce sont peut-être un nouvel ouest, un nouveau Far-West, à l'heure où nos sociétés matérialistes déclinent.
Mais, à nouveau Far-West, nouveau western, comme j'écrivais récemment à destination des bibliothécaires dans "De la bibliothèque à la bibliosphère".
La collection de noms de domaines comme autant de concessions (dans le sens d'étendues de terre cédées à des colons pour les exploiter) en témoigne. (François n'est pas le seul à s'y adonner, loin de là!) Il y a là, dans cet appétit gargantuesque, quelque chose de vorace, on se retrouve à la grande curée qui traverse de part en part "Pétrole!" d'Upton Sinclair (éditions Gutenberg 2008).
Certes, comme François Bon l'écrit : "nous considérons que même l’expression « livre enrichi » est superfétatoire, et que c’est l’expérience de lire qu’il nous faut remplacer par un univers neuf.".
Mais ne nous faudrait-il pas d'abord tous travailler, mieux et davantage, et tous ensemble, à cet univers neuf ?
Des lecteurs peuvent-ils travailler à un univers neuf de la lecture ?

Un flux laisse moins de sédiments
 
Nous tous là, écrivons-nous vraiment l'avenir du livre, de la lecture, ou bien le lisons-nous simplement, le déchiffrons-nous, le découvrons-nous au fur et à mesure qu'il s'écrit, orienté qu'il est déjà, dicté en grande partie, par les lobbies et les industries culturelles internationales.
Il me reste moins, de tous ces textes qui s'écrivent sur le web, ou sont ensuite agrégés dans des livres numériques qui pourraient être imprimés, bien moins que de mes lectures de romans, "La montagne magique" de Thomas Mann bien évidemment pour celles et ceux qui me connaissent, et, tout récemment : "2017", fabuleux roman de l'auteur russe Olga Slavnikova.

Les flux laissent moins de sédiments que les bons romans.
Le sentiment océanique de la langue va prochainement rattraper et submerger le flux numérique.
Ce n'est pas une question de supports, c'est une question de rapports.

Je ne pense pas que nous soyons après le livre.
Nous allons entrer dans Le Livre. (Un jour.)
(Relire L'espèce fabulatrice, de Nancy Huston.)

Nous sommes pour l'heure encore dans une illusion (entretenue par le numérique, peut-être davantage perceptible dans un précédent essai édité par François Bon déjà, chez Publie.net toujours : Impressions numériques, signé Jean Sarzana et Alain Pierrot, bien que j'ignore absolument si ses auteurs partagent mon point de vue, mes impressions plutôt...).

jeudi 17 février 2011

Vers une communauté de l'eBook

La redistribution des rôles sur les réseaux sociaux pourrait-elle contribuer à la formation d'un nouvel empire des lettres ? Voir à ce sujet le texte (de 2004) signé Jean-Michel Billaut : Emperors versus Barbarians.
Sujet de l'exercice : en quoi peut-il aujourd'hui s'appliquer au passage de l'édition imprimée à l'édition numérique ?
Des éléments de réponses ici...

video

mercredi 16 février 2011

De la Bibliothèque à la Bibliosphère explose le blackout tacite !

J'ai le plaisir de pouvoir m'exprimer dans les colonnes de Presseedition.fr ("L'actualité des Médias, de l'Edition et de la Communication") sur mon choix d'être édité aux éditions 100% numériques NumérikLivres, sur le message que j'ai voulu faire passer dans mon livre "De la Bibliothèque à la Bibliosphère, les impacts des livres numériques sur les bibliothèques et leur évolution", ainsi que sur la nouvelle collection : "Comprendre le Livre Numérique" dont Jean-François Gayrard m'a confié la direction, et, enfin, sur ce que je pense de l'accueil qui fut réservé à mon livre.
Tout cela en quatre questions réponses. A lire ici... 

Extraits de l'interview

"Vous venez de publier « De la Bibliothèque à la Bibliosphère : les impacts des livres numériques sur les bibliothèques et leur évolution… », chez NumérikLivres un éditeur franco-québécois 100% numérique, pourquoi ce choix ?

Lorenzo Soccavo : Cette jeune maison, créée au printemps 2010 par Jean-François Gayrard et Gwen Catalá, représente bien je pense les tendances d’une nouvelle génération et d’une nouvelle manière de concevoir l’édition.
Une maison, en l’occurrence franco-québécoise, mais dont les collaborateurs peuvent être disséminés sur la planète entière, qui ne publie que des livres nativement numériques avec des contrats d’édition adaptés, qui utilise les réseaux sociaux pour les promouvoir, les propulse sans DRM à des prix abordables (le mien est à 1,99 €) et assure, tant leur diffusion sur les principales plateformes de téléchargement, que leur lecture agréable sur les principaux nouveaux dispositifs de lecture, que ce soit les tablettes à encre électronique ou le fameux iPad, entre autres. Une véritable diffusion multicanal multisupport.
Pour un auteur, et un observateur comme moi du passage de l’édition imprimée à l’édition numérique justement, c’était une expérience intéressante à tenter. Quand Jean-François Gayrard m’a proposé cette aventure et m’a dit que François Bon nous ferait l’amitié d’une préface : je n’ai pas hésité une seconde !

L’avenir que vous imaginez aux bibliothèques dans votre livre peut apparaître assez futuriste. Ne craignez-vous pas de heurter les bibliothécaires ?

Lorenzo Soccavo : En fin de compte j’imagine assez peu ! Avec cette nouvelle discipline que je m’efforce de promouvoir : la prospective du livre et de l’édition, les mutations que traversent actuellement le livre et son marché sont systématiquement remises dans une perspective historique. Pour écrire ce livre, je me suis appuyé, d’une part, sur le travail des historiens, d’autre part, sur les résultats de mon travail de veille.
Il y a quelques années quand je disais dans des conférences que nous verrions un jour des bibliothèques sans livres, certains me prenaient pour un fou. Or, durant cet été 2010 deux bibliothèques sans livres ont ouvert leurs portes, à Stanford, puis à San Antonio au Texas. Quand j’écris aujourd’hui que les bibliothèques vont évoluer vers des bibliothèques-hub à trois niveaux [...] quand je dis cela aujourd’hui, mes informations sont aussi fiables que lorsque j’annonçais des bibliothèques sans livres.
L’Internet des objets, la réalité augmentée et l’intelligence artificielle vont réellement nous faire passer des bibliothèques à la bibliosphère. Ce sont précisément ces voies qui nous sont tracées que j’explore dans "De la bibliothèque à la bibliosphère".

Ce livre est le premier d’une collection dont l’éditeur Jean-François Gayrard vous a confié la direction. De quoi s’agit-il et comment comptez-vous la développer ?

Lorenzo Soccavo : Cette collection s’appelle précisément : "Comprendre le livre numérique". Cela indique assez clairement son ambition je pense, qui est d’expliquer et d’analyser les enjeux et les perspectives de l’édition numérique à tous les acteurs de l'interprofession du livre, au sens large : auteurs, documentalistes, enseignants, etc., sont eux aussi concernés, mais également tous les lecteurs qui veulent tout simplement essayer de comprendre les impacts et les enjeux du passage de l'édition imprimée à l'édition numérique.
Nous pensons publier un titre par mois, excepté au creux de l’été. Les premiers à paraître traiteront de la lecture sociale, de la BD numérique, des manuels scolaires et des albums augmentés… Je travaille aussi avec des auteurs qui aborderont d’autres aspects essentiels de ce passage de l’édition imprimée à l’édition numérique : comme l’après papier, en effet : sur quels supports lirons-nous demain ? Ou bien encore concernant les indispensables évolutions du cadre législatif et du droit d’auteur qui ne sont plus adaptés.
Il s’agit d’ouvrages de commande [...] Cela dit, je reste ouvert à toutes propositions spontanées, ainsi qu’à toutes suggestions de thèmes. Un blog compagnon a été lancé pour soutenir, poursuivre et développer en ligne l’ambition pédagogique de la collection.

L’essentiel du marché du livre reste cependant concentré sur l’édition imprimée. Ne pensez-vous pas que cela est handicapant ? Comment dans ce contexte percevez-vous l’accueil fait à votre livre ?

Lorenzo Soccavo : Lentement mais irréversiblement le marché est en train de basculer. Non pas parce que je le souhaiterais personnellement, ce n’est pas le cas, mais, tout simplement, parce que le monde change continuellement et que les pratiques de lecture évoluent. Je pense qu’il est important de prendre aujourd’hui clairement position. Il est pour moi capital d’informer sur le devenir du livre et de la lecture. Malheureusement la plupart des éditeurs sont frileux à publier sur ces sujets et les médias grand public ne semblent pas avoir encore pris conscience des enjeux. Quant aux experts et aux consultants, beaucoup sont tout autant dans l’immédiateté. Souvent le plus important pour eux n’est pas l’évolution des pratiques de lecture avec ses enjeux sociétaux et culturels, mais d’occuper de bons postes, de siéger dans des commissions, de dire et de vendre aux éditeurs ce pour quoi ils sont prêts à les payer.
Les années 1971, avec le lancement du Projet Gutenberg par Michael Hart, à disons 2050 au plus tard, sont au moins aussi importantes que celles dites des incunables, les premiers livres imprimés sur la période 1450-1500, ou les décennies du passage des tablettes d’argile aux rouleaux de papyrus.
Pour les véritables amoureux des livres et de la lecture nous vivons une époque formidable ! Et, qu’on le veuille ou non, force est de constater que Facebook et Twitter ont explosé le blackout tacite autour de mon livre et du lancement de cette collection."

Tout le monde est impliqué
 
CQFD ! A lire aussi d'ailleurs la chronique d'Elizabeth Sutton : "De la bibliothèque à la Bibliosphère : un ebook majeur" :
"Le livre est en train de vivre sa révolution, une mutation profonde s’opère, inéluctable. Les maisons d’éditions se transforment, les libraires réfléchissent à comment s’adapter, les pouvoirs publics s’en mêlent. Tout le monde est impliqué, du lecteur à l’auteur, de l’éditeur à l’imprimeur, du graphiste à l’informaticien. Les bibliothèques s’insèrent dans cette mutation, souvent oubliées elles jouent pourtant un rôle fondamentale dans ce bouleversement.
Le livre de Lorenzo Soccavo "De la Bibliothèque à la Bibliosphère" traite justement de ce sujet des bibliothèques, publiques ou municipales elles ont un rôle majeur à jouer vis-à-vis du lecteur et dans la conservation du patrimoine. Les compétences vont changer, les services proposés aux usagers également. L’approche des technologies va devoir être préemptée de façon différente..."

jeudi 3 février 2011

Lectures digitales [suites]

Mission impossible hier soir pour exposer en une dizaine de minutes, dans un état grippal et avec un vidéoprojecteur facétieux, l'aventure humaine de la lecture, de l'Homo Habilis à l'Homo Fluxus, dans le cadre sympathique du premier MCDate 2011, organisé par l'association Musiques et Cultures Digitales à la Maison des Métallos (Paris 11e).

Fait symptomatique, de l'enjeu réel des transformations actuelles, il y aura été davantage question de lectures digitales, que de livres numériques.
Je tiens à attirer d'abord l'attention sur les travaux des deux autres participantes à cette table ronde :

- Carole Lipsyc, auteur et directrice du développement d'Adreva (Association pour le développement des récits variables), conceptrice du Récit des 3 espaces qui permet d'appréhender la "littérature virtuelle".

"La littérature virtuelle ne désigne pas, comme on pourrait le croire, des livres qui sont lus sur des écrans.

La littérature virtuelle désigne des récits conçus pour exister sous différentes formes.
Des récits qui peuvent être tout à la fois
- des livres imprimés traditionnels ;
- des livres électroniques interactifs (hypertextes) ;
- des installations (labyrinthes, livres urbains ou citéLivres, expositions multi-supports) ;
- des jeux dispersants ou "pervasive gaming" (des jeux à cheval entre la réalité et Internet).
Le livre devient virtuel parce qu’il peut virtuellement s’incarner sur n’importe quel support. Il n’est pas virtuel parce qu’il a quitté l’espace du papier et du palpable pour se réfugier dans un écran. [...]
Le livre est virtuel car ses textes peuvent - dans leur ordre et dans leur nombre - se prêter à des combinaisons infinies. Il est virtuel parce qu’il est variable et "fractal"..."

- Véronique Aubouy, conceptrice du Baiser de la Matrice, expérience francophone et planétaire d'une lecture filmée collective de « A la recherche du temps perdu » de Marcel Proust. A voir.

De Homo Habilis à Homo Fluxus

Ma présentation ci-dessus rend imparfaitement compte encore de la réécriture profonde de nos pratiques de lectures et des impacts culturels et civilisationnels qu'elle aura certainement.
Nous pouvons d'ores et déjà en observer les premiers signes :  
- Une lecture fragmentaire, corollaire d'une lecture enrichie : moins linéaire, davantage extensive, qui au-delà du texte s'ouvre au multimédia...
- Une lecture sociale, corollaire du développement des réseaux sociaux : commentée, partagée, enrichie par l'écriture de lecteurs contributeurs, avec de nouvelles médiations et de nouveaux prescripteurs...
- Une lecture connectée, corollaire du développement du cloud computing : une lecture en streaming sur le modèle de l'écoute de la musique, une lecture pervasive.
Mais aussi, parfois, une lecture synesthésique, prise dans la trame de la réalité augmentée et de l'intelligence artificielle.
L'internet des objets va un jour (prochain) démultiplier les surfaces/supports de lecture, tout ce qui "peut faire livre".
La bibliographie naturelle des premiers âges, ainsi, reviendrait sur les hommes, comme un retour de sens (comme je dirais : "comme un retour de flammes").

Ce post fait suite quelque part à celui du 25 janvier (Lectures Digitales - Institut du Numérique Université Paris Ouest) et à celui du 30 janvier sur Le Livre dans les Metavers (intéressant de remarquer que les expériences de récits et de lectures, tant de Carole Lipsyc que de Véronique Aubouy, ont déjà été accueillies dans Second Life par l'équipe de la Bibliothèque francophone du Métavers).