dimanche 8 janvier 2012

Semaine 01/52 : appeler les machines des machines

Durant l’année 2012 j’ai décidé de publier ici même chaque semaine un billet exprimant mon ressenti personnel sur la semaine précédente, dans la perspective, bien évidemment, des problématiques de la prospective du livre et de l’édition.
  
Il y aura 52 semaines en 2012, ce post est donc le 01/52.
  
Fin décembre, une radio m’a interviewé par téléphone pour que je leur dise, moi aussi, ce qui se disait déjà partout dans les autres médias. A savoir que pour les fêtes de Noël et de fin d’année 2011 les ventes de tablettes Kindle d'Amazon allaient être fabuleuses, époustouflantes, prodigieuses.
  
Moi j’ai dit ce que je pensais : qu’il ne s’agissait là en vérité que d’une basse manœuvre marchande relevant du procédé des prophéties auto-réalisatrices, laissant entendre que les journalistes, au fond, ne faisaient pas vraiment leur travail en annonçant comme une information un fait invérifiable relevant du marketing des marques…. Bah mon interview n’est apparemment pas passée, ou si subrepticement alors que je n’en aie eu vent, personnellement, ni personne d’autre semble-t-il.
  
Et voilà que maintenant, durant la première semaine de janvier 2012, des chiffres de ventes invérifiables nous ont déboulé dessus, pauvres incroyants que nous sommes, pour certains d'entre nous, face aux dieux du Marché. Des chiffres qui nous donneraient prersque tort.
     
Entre moutons et perroquets, ces fabuleuses créatures du siècle que sont les blogueurs, suivent et répètent.
Mais qui parle des discussions sur les forums, des commentaires sur les blogs, de celles et ceux qui déjà s'avouent déçus, ou rencontrent des difficultés techniques. Qui, dans quelques mois, donnera la parole à ceux qui auront l'impression de "s'être fait avoir". Il y a certes les autres, je le reconnais, et ceux que ces dispositifs de lecture (r)amènent à la lecture. Mais il n'y a pas qu'eux.
  
Si avec les technologies de la communication nous y gagnons en information, la désinformation y gagne elle aussi et, ayant plus d’expertises et de moyens financiers que les internautes lambdas, les manipulateurs, les propagandistes et militants de tous bords, les lobbies, et, tout simplement, les marques, y trouvent des armes de diffusion massive.
  
Il faudrait je pense que nous nous interrogions sérieusement, durant cette année 2012, sur ce concept époustouflant de "machines à lire", qui de plus en plus vont s’imposer à nous de manière très concrète, et poursuivre la mutation de nos pratiques de lecture initiée depuis quelques années déjà par les ordinateurs et le web.
 
Arrêtons avec ces fables de e-readers ou de liseuses, et désignons-les clairement pour ce qu’elles sont : des machines à lire, d’une part, vecteurs de nouveaux usages qu’il nous faut assimiler et auxquels nous devrons plus ou moins nous accommoder, d’autre part, porteuses d’une obsolescence programmée.
  
Il nous faut concevoir et voir ces machines à lire, comme naguère les machines à écrire. Pour leur fonction utilitaire. Uniquement. Et non pas, par soumission à des marques entremetteuses, en leur attribuant des valeurs que nous attachions aux livres imprimés.
  
Une machine à lire n’a rien à voir avec ce que depuis plusieurs siècles nous appelons : un livre.
  
Quant au livre, justement, pour en finir avec feue cette première semaine : il pourrait bien connaître dans les années à venir des destinées insoupçonnées, déjà si l’on considère son utilisation de plus en plus fréquente dans les arts plastiques et si l’on accepte de rêver un peu devant la machine à écrire Underwood 1937 du peintre Tyree Callahan.
  

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