dimanche 21 décembre 2014

Vivez enfin une rencontre littéraire du 21e siècle !

Le samedi 10 janvier 2015 à 21H00 (heure française) connectez-vous pour vivre une rencontre littéraire inédite d'une heure entre la France et le Québec.
Vivez l'expérience exceptionnelle d'un café littéraire qui explose à la fois les distances terrestres et les limites du web 2D en découvrant le programme "Ma Librairie en 3D" et en rencontrant des auteurs sur la plateforme web 3D immersive EVER (Environnement Virtuel pour l'Enseignement et la Recherche) de l'Unera (Université Numérique en Région Alsace).
 
Programme
 
- Présentation depuis Thetford Mines (Québec) et lecture par la romancière canadienne Danielle Dussault, de son récent roman "Anderson's Inn" (Lévesque éditeur) 20 minutes et échanges avec l'auditoire...
 
- Présentation depuis Paris par le chercheur en prospective du livre, Lorenzo Soccavo, de son récent essai "Les Mutations du Livre et de la Lecture en 40 pages" (Uppr éditions) 20 minutes et échanges avec l'auditoire...
 
- Visite du module de librairie 3D avec sa modélisatrice, Jenny Bihouise... 20 minutes et échanges avec les visiteurs...

Attention inscription obligatoire : enregistrez-vous gratuitement sur http://ever.unistra.fr/
Tutoriel
http://ever.unistra.fr/tutoriel/co/Premiers-pas.html
Si vous venez pour la première fois sur ce type d'environnement web 3D immersive, prévoyez de vous inscrire et de télécharger le navigateur web 3D quelques jours avant.
Signalez-nous ici même en commentaires les éventuelles difficultés que vous rencontreriez. Nous vous répondrons pour vous aider.
Le jour J : Le samedi 10 janvier 2015 à 21H00 (heure française) 15H00 (heure canadienne) connectez-vous sur la plateforme EVER et rendez-vous sur la région ML3D ( Ma Librairie en 3D).

vendredi 12 décembre 2014

Séminaire Ethiques et Mythes de la Création

 
J'ai le plaisir de participer cette année universitaire 2014-2015 au séminaire de recherche interdisciplinaire Ethiques et mythes de la création, sous la responsabilité de Sylvie DALLET, professeur des universités et présidente de l'Institut Charles Cros, dans le cadre du programme international de recherches « Éthiques de la Création ».
La séance inaugurale du 05 décembre 2014 a été l'occasion, après introduction de Sylvie Dallet (autour des "pierres de rêve", de forêts des mythes et forêts des âmes, des mythes comme "des lumières d'étoiles mortes", et en guise de viatique cette citation de Paul Valéry : "Nous entrons dans l'avenir à reculons."), d'écouter Hervé Fischer sur la condition fabulatoire de l'être humain, la notion de divergence (voir "La divergence du futur"), et l'origine biologique des mythes qui seraient issus des fabulations de l'infans (enfant qui n'a pas encore acquis le langage) face au monde qui vient à lui ; Luc Dellisse sur les formes individualistes de réponse aux mythes ; Christian Gatard sur les instruments de navigation qu'il propose (se référer à mon billet du 27 juin "Sur Mythologies du futur de Christian Gatard") ; et enfin Georges Lewi sur "le cercle du mythe", la logique de frontière et la fabrication de l'ennemi comme ressources pour le moi de saisir sa place dans le monde...
[Vidéos de cette séance inaugurale en suivant ce lien...]
 
Mon intervention à la séance du 07 janvier 2015, « Parentés animales de la pensée humaine - Le retour des forces spirituelles associées » aura pour titre :

Bibliographie naturelle vs anthropocentrisme : dépasser l'horizon humain pour se ressaisir de la force spirituelle du langage
 
Résumé
 
"Aussi loin que nous puissions remonter dans l'épopée de l'espèce humaine, les mutations des dispositifs et des pratiques de lecture s'écoulent dans le lit d'un même fleuve, aujourd'hui en crue.
En référence aux dits du moyen âge, compositions narratives imaginaires (par exemple, le Dit de l'unicorne et du serpent, Herman de Valenciennes, 13e siècle) je parlerai de « lit », pour désigner à la fois ce qui est lu et ce qui en fait le lit, la couche, le terreau fertile de l'activité fabulatrice de l'espèce.
Notre anthropocentrisme nous incite à penser l'homme comme (seul) animal-lecteur (Alberto Manguel), mais nous oserons une tentative pour lire cet animal-lecteur par ce qui l'engage (langage) dans les perspectives tracées par la mythanalyse et la prospective du livre et de la lecture, c'est-à-dire dans une démarche entre historicité (ce qui est historiquement attesté) et historisation (ce qui relève de la transformation de mythes en récits historiques ou scientifiques).
Je considère la lecture comme une activité essentielle du vivant pour décoder et documenter son environnement ; comme premier degré de lecture la reconnaissance immunitaire, et comme source des dispositifs de lecture, les artefacts symboliques du langage, aussi nous faut-il je pense lire le monde à d'autres niveaux. Du chant des pistes des aborigènes australiens, aux travaux sur les lignes de l'anthropologue Tim Ingold, des chamanes aux hackers, les voies sont multiples.
Le Pardès de la Kabbale (tradition ésotérique du judaïsme), ou la lectio divina (exégèse biblique par Origène), incitent à exercer la lecture comme une forme active de prière et d'écoute, écoute d'une puissance créatrice qui voudrait nous parler, par les Écritures dites sacrées, des/les forces spirituelles du Verbe.
Je propose alors d'envisager, de dévisager le langage, non plus comme ce qui singulariserait l'homme au sein de l'harmonie du vivant, mais au contraire comme ce qui le ravirait dans la symphonie de l'univers, et d'imaginer ce que la grammaire pourrait receler comme formes de vie. Celles, par exemple, qu'évoquait Italo Calvino dans une de ses villes invisibles (Théodora, étymologiquement "don de Dieu") : « Reléguée pendant un temps indéfini dans des repaires à l’écart, depuis l’époque où elle s’était vue détrônée par le système des espèces désormais éteintes, l’autre faune revenait au jour par les sous-sols de la bibliothèque où l’on conserve les incunables, elle descendait des chapiteaux, sautait des gargouilles, se perchait au chevet des dormeurs. Les sphinx, les griffons, les chimères, les dragons, les hircocerfs, les harpies, les hydres, les licornes, les basilics reprenaient possession de leur ville. ».
Une autre manière de formuler l'émergence de ce que j'appelle le bibliocène, par l'activation des codes qui programment autant nos mythes, nos récits de sciences et de fictions, qu'en grande partie notre perception de la réalité (Hypothèse Sapir-Whorf)."
 
Vous serez les bienvenus à cette séance du mercredi 07 janvier 2015, informations pratiques en suivant ce lien...
Interviendront également au cours de cette séance : Georges Chapouthier (biologiste, CNRS), Wei Liu (doctorante Arts CHCSC-UVSQ) et Emile Noël (Institut Charles Cros).
 

mercredi 10 décembre 2014

La lecture sur papier : un luxe demain ?

L'interview que j'ai accordée au magazine économique "EcoRéseau" sur le livre en 2050, pour leur numéro de novembre 2014 est gracieusement consultable (ainsi que l'ensemble du magazine) en suivant ce lien...
 
Ci-après l'intégralité de l'interview (dont seuls des extraits ont été retenus par la rédaction du magazine et le reste plus ou moins intégré dans  l'article) :

" Pourriez-vous résumer très brièvement les grandes évolutions du livre depuis son apparition ?
La dimension transhistorique est capitale pour bien saisir l’aventure du livre depuis ses origines et réaliser à quel point elle est imbriquée à l’épopée de l’espèce humaine. Partant de l’archéologie préhistorique et des travaux de linguistes sur l’origine du langage je considère ce que nous appelons « les artefacts symboliques du langage » comme les précurseurs des dispositifs de lecture. Il s’agit d'objets détournés de leur finalité ordinaire, par exemple placés dans une sépulture et témoignant donc d'un rituel funéraire. Cela indique l'exercice d'une pensée symbolique, consubstantielle au langage. Faire signifier ainsi le monde extérieur initie la pratique fabulatoire d'où émergera ensuite le livre sous toutes ses formes. D’abord les bulles à calculi de Sumer (-3300), que l'anthropologue Clarisse Herrenschmidt présente comme des projections de la cavité buccale qui renferme les mots avant qu'ils ne deviennent paroles. Aplaties, ces boules d'argile deviendront des tablettes qui tiendront dans une main d'homme ouverte. Ensuite les rouleaux de papyrus, les premiers livres manuscrits sur parchemin, les premiers imprimés sur papier, dits incunables (1450-1501), puis la mécanisation de l'imprimerie, son industrialisation, son informatisation. Depuis le début des années 2000 nous assistons à une multiplication des dispositifs de lecture (ordinateurs, liseuses, tablettes…). L’innovation vient surtout de nouvelles formes narratives qui se cherchent encore autour du transmédia et du développement massif de l’autoédition et des fanfictions…
 
Comment imaginez-vous le livre en 2050, dans les scenarii les plus fous ?
Avec l’évolution des objets connectés et de la réalité augmentée nous allons passer à un autre niveau de lecture. A un autre plan d’évolution technologique nous allons revivre la lecture immersive de la bibliographie naturelle par nos ancêtres hominidés les plus lointains. En vérité nous sommes dans un livre, et c’est ce livre total, ce livre absolu qui émerge depuis juillet 1971, le premier texte e-incunable numérisé par Michael Hart, l’inventeur du Projet Gutenberg. C’est ce livre qu’est notre univers qui se révèle lentement avec la grande convergence NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, intelligence artificielle et sciences cognitives) et qui va se cristalliser durant les prochaines décennies. Pour jouer le jeu du scénario le plus fou, je dirais au vu de recherches actuelles que nous pouvons imaginer une sorte de Livre-Mentor. Une espèce d’avatar sémantique de chacun, qui serait comme un guide de vie, un manuel de formation et une bibliothèque universelle. Il serait contenu dans une séquence d’ADN de synthèse et nous pourrions via une puce RFID sous-cutanée le consulter en permanence sur de nombreux supports, soit embarqués, soit ambiants dans notre environnement extérieur.
 
Quel sera le support privilégié ?
Nous verrons probablement une interface hybride conjuguant les avantages du papier et des écrans, au niveau de la souplesse et des capacités d’affichage. Peut-être à base de graphène, un cristal monoplan de carbone. Comme un rouleau, ou une feuille pliable et extensible aux dimensions que les conditions de lecture nécessiteraient… Mais je crois surtout que nous ne penserons plus alors en termes de supports. Ce qui caractérise aujourd’hui la métamorphose du livre, c’est précisément le découplage entre les contenus et leurs supports d’affichage. Demain, tout ce qui pourra être support d’affichage pourra potentiellement faire livre (table, vitre, miroir, pare-brise, murs et plafonds…). Plus de supports uniques.
 
Croyez-vous que le papier a un avenir ? Dans quel domaine ?
Le papier, matériau naturel et recyclable a certainement un avenir. Peut-être hors du champ de l’impression et de l’édition. Je pense aux emballages, ou aux produits parapharmaceutiques. Les recherches, notamment à l’INP-Pagora de Grenoble sur les encres conductrices d’électricité et l’électronique imprimée, montrent bien que le papier peut évoluer technologiquement en parallèle des écrans.
 
En allant loin dans la prospective, croyez-vous qu’en 2050 le support particulier des livres n’existera plus, puisque le texte et les images pourront être projetés sur tous les supports (murs, tables,…) ?
Ce qui n’existera plus ce sera l’interface du codex, des cahiers de pages imprimées, pliées, reliées entre elles et protégées par une couverture. Mais rouleaux et codex ont coexisté plusieurs siècles. Avec l’impression numérique à la demande chacun pourra choisir. Chaque lecteur doit avoir la liberté de pouvoir lire sur le support de son choix. Nous pouvons aussi imaginer qu’il y aura en 2050 quelque chose de reposant, de relaxant, d’exprimé par les objets dédiés à une activité unique. Par exemple : « ne faire que lire ». Ce « ne faire que » sera peut-être alors un véritable luxe. Je crois que le livre imprimé durera tant qu’il répondra au principe de plaisir de la lecture. Nous devons aussi prendre en considération les postures, les logiques d’usages développées par les lecteurs, les capacités de nos cerveaux à s’adapter à de nouvelles formes de lecture…
 
Quels pays sont susceptibles d’être à la pointe du changement ?
Je pense que nous devrions être plus attentifs à l’évolution en Chine. N’oublions pas qu’ils avaient mis au point le papier et l’imprimerie avant nous. Les écritures asiatiques se prêtent aussi plus aisément à une lecture sur petits écrans. Pour les continents africain et sud-américain le circuit de l’édition numérique peut permettre un développement que les contraintes matérielles de l’édition imprimée rendaient difficile.
 
Est-on plutôt conservateur en France, ou bien au contraire ?
Comme sur toute la surface de la Terre je pense, nous sommes multiples. Certains sont plutôt conservateurs et d’autres plus novateurs. Mais le livre imprimé reste un symbole et un fort marqueur culturel.
 
Enfin dernière question quant à vos travaux : dans les différentes conférences et discussions que vous avez, sentez-vous que les gens ont envie de changement dans ce domaine, qu’ils cherchent à lire autrement ?
Ce que j’observe tous les jours à Paris dans les transports en commun et dans les lieux publics c’est que de plus en plus lisent sur des liseuses, des tablettes, voire des Smartphones… Les jeunes adultes me semblent plus attachés aux livres imprimés, pour ce qu’ils représentent symboliquement, tandis que les personnes plus âgées sont parfois séduites par l’innovation, les avantages pratiques de pouvoir grossir les caractères et emporter avec soi des centaines de livres. Mais les tout jeunes enfants qui ont aujourd’hui leurs premiers contacts avec la chose écrite sur les Smartphones ou les tablettes tactiles de leurs parents, ceux-là ne se tourneront sans doute pas spontanément vers ce que nous appelons aujourd’hui livre quand ils seront adultes. Et ceux qui auront 18 ans en 2050 ne sont pas encore nés ! "

samedi 22 novembre 2014

Explorer un futur possible de la médiation numérique du livre...

Je vous propose de découvrir un modèle de conférence unique pour explorer les potentialités du web 3D immersive au service de la médiation numérique du livre et de la lecture. Lisez ce bref document et contactez-moi pour que nous en parlions :-)
 

vendredi 14 novembre 2014

La médiation littéraire dans les nouveaux territoires

Le succès de la récente présentation les 08 et 09 novembre, dans le cadre de l'OpenSimulator Community Conference 2014 à nos amis américains d'une modélisation web 3D d'une Roue à Livres de 1501 (ancêtre de l'hypertexte) réalisée par Jenny Bihouise, conseil en applications numériques 3D innovantes avec laquelle je travaille, m'incite à faire le point sur mon investissement depuis plusieurs années au coeur de ces nouveaux territoires numériques.
Plusieurs facteurs (développement de casques de réalité virtuelle, de lunettes connectées, d'interfaces de projections 3D ou d'hologrammes sans lunettes, des projets en cours de nouveaux mondes immersifs sur le web...) convergent en effet vers l'émergence de nouvelles aires d'échanges.

Des prototypes pour réveiller les décideurs

Je fais de la veille sur le web 3D immersive depuis 2006 et, depuis la publication en 2011 de mon essai préfacé par François Bon, De la Bibliothèque à la Bibliosphère, c'est sur ce type d'espaces précisément que je développe le concept de bibliosphère.
Récemment et dans cette perspective nous avons spontanément développé des prototypes comme, par exemple, cette possible migration du Labo BnF dans un espace web 3D reproduisant à l'identique l'environnement et ses possibilités.
Photos Droits Réservés Cf. note en fin de post.
Le Projet BiblioSphère, qui fédère l'ensemble de ces expérimentations, est membre du Collectif l'i3Dim, l'incubateur 3D immersive, et une de ses déclinaisons, la MBN – Méta-Bibliothèque Numérique, est hébergée depuis quelques mois sur la plateforme 3D EVER (Environnement Virtuel pour l'Enseignement et la Recherche) de l'Unera (Université numérique en région Alsace) de l'Université de Strasbourg, sur laquelle nous présentons également le projet ML3D – Ma Librairie en 3D, recherche sur ce que seront peut-être les librairies du futur.
Le concept ʺbibliosphèreʺ a par ailleurs été l'objet d'une validation design thinking au cours du Mooc Pensée design organisé par France Business School en juin 2014.
L'illustration ci-dessous montre un autre de nos récents prototypes.
 
insertion d'un module web 3D immersive au sein de la vidéo 3D subjective de la BPI


Historique

Ces expériences s'inscrivent toutes en fait dans le prolongement d’un projet initial de dispositif expérimental de lecture sociale connectée, qui fut présenté en mars 2011 dans le cadre d’un concours organisé par le Laboratoire des Nouvelles Lectures pour le Salon International du Livre et de la Presse de Genève.

Baptisé alors MétaLectures, ce projet a pu développer durant la période de janvier 2012 à juin 2013 une implantation expérimentale sur le web 3D immersive, non commerciale et déjà basée sur le logiciel libre opensimulator avec lequel nous continuons de travailler.

Se présentant comme un incubateur, MétaLectures était défini à l'époque comme étant : « un environnement web 3D immersive pour présenter, expérimenter et développer des solutions innovantes dans l'univers du livre et de la lecture francophones, et y explorer de nouvelles formes de médiation autour du livre ».

dimanche 9 novembre 2014

Suivi de l'édition numérique francophone

Début novembre 2014 la liste d'éditeurs numériques francophones que j'avais lancée en avril 2011 (une trentaine de recensions alors) et régulièrement actualisée depuis (jusqu'à 172 recensions en août 2014) a été totalement vérifiée et mise à jour (soit 158 recensions).
A ce jour, la liste recense maintenant 119 éditeurs "pure-players" francophones, et 39 prestataires de services (eux aussi francophones) dédiés à l'édition numérique.
En bas de page une nouvelle liste comptabilise les maisons initialement enregistrées puis ayant depuis cessé leurs activités (20 de repérées).
N'hésitez pas à consulter cette liste unique et en commentaires à signaler les éventuelles erreurs.
 
Je rappelle que cette liste est purement informative. Issue de mon travail de veille, elle ne vise qu'à mettre gracieusement à la connaissance de chacun une liste d'éditeurs "pure-players", mais en aucun cas il ne s'agit, ni d'une recommandation des entreprises listées, ni d'une liste destinée spécifiquement aux auteurs en recherche d'un éditeur.
C'est un travail bénévole de recensement, qui peut servir aux enseignants et aux étudiants, ou à des organismes professionnels pour leurs études (tel par exemple : Pratiques d'éditeurs : 50 nuances de numérique, réalisée par le MOTif et le Labo de l'édition en mars 2014).

jeudi 23 octobre 2014

Les Mutations du Livre et de la Lecture en 40 pages

Cet essai, équivalent à 40 pages imprimées que vous lirez à peu près en une heure, est capital pour moi. J'y ai synthétisé des années de travail et de veille sur... les mutations du livre et de la lecture.
Avec cette bonne contrainte éditoriale, qui m'a forcé à la concision, mon ambition a été de désigner quels seraient les véritables enjeux du numérique par rapport au livre et à la lecture. Je me suis appliqué à prendre de la distance sur le quotidien et à voir au-delà l'horizon des légitimes préoccupations du marché du livre (tant imprimé que numérique).
J'ai voulu dans ces quelques pages attirer l'attention sur le fait que le numérique et ses codes actifs sont aussi du langage et que cette évolution de notre ordre conceptuel s'inscrit dans l'épopée de notre espèce humaine.
En élargissant le cercle de nos réflexions, en nous interrogeant sur les sources de la lecture et de ses premiers dispositifs, nous réalisons alors que, insensiblement - car nous baignons dans le langage comme les poissons dans l'eau d'un bocal, ce serait au niveau des mutations du livre et de la lecture que s'opèrerait sous nos yeux une nouvelle métamorphose, peut-être un saut ontologique hors du bocal. Les arguments que j'avance vont dans le sens d'une profonde reconfiguration du système rhétorique de notre espèce, ils dessinent un à-venir glorieux. Les marqueurs d'e-incunabilité que je relève pourraient signer notre entrée dans le bibliocène... Qu'en pensez-vous ?
Présentation de l'éditeur et offres de téléchargement en suivant ce lien...
 

mercredi 24 septembre 2014

Les Droits des Lecteurs en espagnol

C'est avec plaisir que je vous annonce la parution du numéro 24 de la revue espagnole Trama & Texturas, opus auquel j'ai contribué avec la traduction en espagnol de mes réflexions sur l'évolution des droits des lecteurs (Los derechos de los lectores) dans la perspective du passage de l'édition imprimée à l'édition numérique.
Si vous êtes hispanophones, n'hésitez pas à acquérir ce numéro au sommaire particulièrement riche, notamment avec la participation de Robert Darnton (Una biblioteca digital mundial se hace realidad). 

mardi 23 septembre 2014

En compagnie d'Eratosthène

Pourquoi parler d'un roman sur ce blog consacré à la prospective du livre et de l'édition ?
Il y a dans le Eratosthène de Thierry Crouzet quelque chose du Siddhârta de Hermann Hesse. Les reflets qui enchantent le lecteur expriment le polissage (dont atteste bien le journal d'écriture), nous sommes dans la littérature et le numérique pourrait ici sembler secondaire. Dans le genre du roman initiatique cet opus prend sa place, et ce pourrait être, je pense, un plaisir raffiné que d'en prolonger la lecture par le Magellan de Stefan Zweig.
Dès la couverture, avec cet "Homme de Douris", l'homme (et la femme évidemment) du 21e siècle, sont pris à rebours ; nous nous interrogeons rarement sur le livre en tant que dispositif de lecture, sur ses origines, ses métamorphoses mais aussi ses invariants. De plus le nom de l'auteur doit parler à quelques-uns, comme l'un des auteurs et penseurs du web.
Pourtant (et c'est ce qui fait pour moi son charme essentiel) ce livre reste dans la tradition de l'imprimé. L'utilisation du numérique est surtout ici stratégique, pour la promotion, le marketing (ce dernier mot n'est pas forcément entièrement négatif  pour moi).
Au-delà le plaisir de cette lecture, celui d'être plongé dans la mythique bibliothèque d'Alexandrie (dont Eratosthène fut l'un des directeurs), au-delà les parallèles subtils qui peuvent donner à penser entre les époques, la polarité éternelle entre la barbarie et le souci d'élever l'humanité et d'éclairer sa conscience, c'est la démarche d'auteur de Thierry Crouzet qui justifie mon attention dans le cadre de la prospective du livre et de l'édition (c'est-à-dire de son marché). Vous pourrez vous faire votre propre idée en vous rendant sur cette page et en suivant, si vous le souhaitez, les différents liens. La lecture est agréable, la démarche intéressante. 

vendredi 29 août 2014

De l'ancestralité du livre dans le langage

Ce que nous appelons du nom de "livre", fondamentalement, cet objet, pour magique qu'il soit, n'existe, n'est vivant que par l'écriture, laquelle a ceci de mystérieux "qu'elle parle" (comme disait Claudel), et laquelle écriture n'existe que parce qu'il y a langage, un langage consubstantiel à la pensée et qui anime notre conscience et notre conscience de notre propre conscience.  
La relégation du livre dans l'écosystème marchand et dans celui des vanités auxquels il est étroitement lié a largement désacralisé et prostitué ce que certaines et certains s'acharnent encore aujourd'hui à dépecer, à réduire à du contenu pour agrégateurs, diffuseurs et fournisseurs d'accès qui, moyennant un abonnement, un fichage des lectures et un profilage des lecteurs, le proposeront en streaming à des mobinautes.
Ce vocabulaire prédispose les déclencheurs des comportements de masse qui s'exécuteront demain. En cela la prospective est directement concernée, dans la mesure où elle parvient à s'extraire du marketing et du politique, reflets de l'écosystème marchand et de celui des vanités, précédemment évoqués. 
 
Dans Comment le langage est venu à l'homme, Jean-Marie Hombert et Gérard Lenclud synthétisent avec talent l'historique et l'état actuel des recherches sur l'origine ou les origines du langage humain. 
C'est à la page 399 que les auteurs reconnaissent cependant enfin que (je les cite) : "L'examen des archives paléontologiques et archéologiques disponibles à ce jour ne permet assurément pas de reconstituer l'histoire du langage.". Nous sommes donc, et cela est compréhensible, dans les hypothèses et les théories. Dommage alors que les explications mythologiques et religieuses ne soient pas invitées à tisser avec les scientifiques.
Les approches rationalistes ne sont-elles pas tout autant réductrices et dogmatiques ?
 
"Le langage est la maison de l'être" (Heidegger)
 
Le livre vient de loin. Son grand ancêtre serait peut-être à chercher dans la famille des artefacts symboliques que l'archéologie préhistorique nous incite à penser comme étant à la source du langage humain. L'intention signifiante portée à des objets décorés ou détournés de leur finalité ordinaire (par exemple placés dans une sépulture et laissant ainsi présager la pratique d'un rituel funéraire) signifierait l'exercice d'une pensée symbolique consubstantielle au langage. Faire signifier de cette manière le monde extérieur initierait la pratique fabulatoire d'où émergerait ensuite un jour le livre sous toutes ses formes, celles passées, celle que nous lui connaissons, et celles aussi de ses métamorphoses numériques.

 
"Je ne crois pas, a écrit Hermann Hesse, à notre science, ni à notre politique, ni à notre façon de penser, de croire, de nous divertir, je ne partage pas un seul des idéaux de notre temps. Mais je ne suis pas pour autant un homme sans foi. Je crois aux lois de l'humanité, vieilles de plusieurs millénaires, et je crois qu'elles survivront à tous les troubles de notre époque." (Hermann Hesse, Lettres) ; oui, elles survivront à tous les troubles de toutes les époques : elles sont ancestrales.
Je pense que la source du langage affleure de cette ancestralité.
Personne je crois ne suppose que l'empathie puisse être la source du langage (?).
Le grand intérêt que j'ai trouvé à lire Les deux raisons de la pensée chinoise du sinologue Léon Vandermeersch réside très précisément dans le fait qu'il y origine la langue graphique dans un système de notation d'équations divinatoires, et non pas de rapports marchands, comme dans la tradition occidentale.
Cette piste a-t-elle été envisagée pour la Mésopotamie également ?

Dans Aux sources de la parole, auto-organisation et évolution, le scientifique Pierre-Yves Oudeyer propose lui sur ces questions un rapprochement entre les quelques acquis de la linguistique et de la biologie, en essayant judicieusement de les enrichir des observations récentes fournies par la modélisation informatique et robotique.
Entre les lignes, et au-delà en mettant ces trois ouvrages en perspective, nous pourrions nous demander en  quoi il pourrait être pertinent d'imaginer (car il s'agit malgré tout de cela) l'épopée des langues orales et graphiques en terme d'auto-organisation, et s'il serait politiquement incorrect de postuler à l'origine de cette entreprise une intention autre que purement fonctionnelle et matérialiste ?  

vendredi 22 août 2014

Ray's Day 2014 - pourrons-nous encore lire demain ?

A l'occasion du Ray's Day 2014 le livre « Peut-on encore lire ? » que j’ai co-écrit en 2013 avec Marc-André Fournier est téléchargeable gratuitement sur iTunes. Ce petit essai aborde les enjeux du livre numérique au-delà de la simple question des supports. Deux points de vue sont proposés et appellent au débat. Celui de M.-A. Fournier dévoile les voies explorées par un auteur hypermédia pour aborder de nouveaux continents. Le mien se veut réflexif et pose la question du devenir de la lecture au regard des expériences menées aujourd’hui et par rapport au patrimoine littéraire existant.

En ce jour je conseillerais aussi la lecture d'une brève nouvelle SF : 
Le droit de lire, de Richard Stallman. SF ou anticipation ?
  
Je me rappelle un rêve que j’avais fait en 2012... et qui peut résonner comme un écho à un passage des Chroniques martiennes de Ray Bradbury : « … on pouvait voir Mrs. K dans sa pièce personnelle, en train de lire un livre de métal aux hiéroglyphes en relief qu'il effleurait de la main, comme on joue de la harpe. Et du livre, sous la caresse de ses doigts, s'élevait une voix chantante, une douce voix ancienne qui racontait des histoires du temps où la mer n'était que vapeur rouge sur son rivage et où les ancêtres avaient jeté des nuées d'insectes métalliques et d'araignées électriques dans la bataille. » (Chroniques martiennes, Ray Bradbury, 1946, traduction de l'américain par Jacques Chambon et Henri Robillot).
A ceux qui lisent le langage écrit de la musique, le solfège, des portées muettes aux autres se déploient des cathédrales de sons, tout comme de multiples univers surgissent de certains écrits magnifiques de la fiction et de la philosophie, et qui jouent eux aussi comme des partitions, et qui répartissent d’un côté du monde les non-lecteurs et de l'autre les lecteurs, et parmi ceux-là les répartissent encore en fonction de leurs appétences singulières et de leur degré de compétence sur l’échelle de la littératie. Certes, des personnalités de grands formats peuvent très bien ne pas aimer lire, mais je suis toujours très étonné de trouver si peu de lectrices et de lecteurs chez celles et ceux qui vivent du commerce du livre (au sens le plus vaste, je ne parle pas des libraires).

vendredi 8 août 2014

Le faisan(t) du texte, ou un statut piégé sur Facebook

 
En publiant il y a quelques jours comme statut Facebook : "Le lecteur comme chasseur du faisan(t) du texte" que voulais-je signifier ?
D'abord et malicieusement que l'individu qui allait imprudemment lire cela devrait, s'il voulait véritablement en être le lecteur, se mettre dans cette position indiquée de chasseur du faisan(t) du texte.
Ensuite, que cela valait, je le crois, pour tous les textes.
C'est pas à pas qu'il faut dé-lire pour lire. Détisser comme Pénélope (car que tissait-elle et pourquoi ?). C'est là décoder. Déchiffrer. Lire.
Premier pas donc : "comme chasseur". Un chasseur, à la lisière du sens, est celui qui traque quelque chose avec ardeur. Qu'est-ce que chasser ? C'est "guetter et poursuivre une proie pour la capturer" (dictionnaire Larousse tout simplement).
Deuxième pas : "du faisan(t)". Qu'est-ce que cela ? Bien sûr l'on pense spontanément à ce qui fait texte, et ce n'est certes pas faux, mais ce T (instrument de dessinateur ou pièce de raccordement selon le dictionnaire), ce T-là, entre parenthèses, décage un volatile (qui donc s'évapore facilement) faisant (sic) sens. Un faisan justement ! Un faisan est "un individu qui vit d'affaires louches", qu'il faut lire entre les lignes, comprendre à demi-mots. 
Troisième pas : "du texte". Qu'est-ce qu'un texte ? Là est bien la question la plus complexe. Au-delà l'étymologie, "textus", qui origine aussi "tissu" et "textile", l'assurance de ce troisième pas est portée par les deux qui l'ont précédé : un texte est une étoffe qui recouvre malignement ce que nous traquons avec ardeur, notre propre nature.
C'est en partie tout cela que j'avais essayé d'enfermer dans cette phrase, comme des faisans que j'aurais mis en cage et qui s'agiteraient en criaillant. 
Et vous, quand vous lisez, entendez-vous parfois comme moi le faisan(t) du texte ?   

vendredi 25 juillet 2014

Happy birthday OSgrid, ou un laboratoire du futur... de la lecture aussi

A l'occasion de l'anniversaire d'OSgrid (grille test d'OpenSimulator, serveur open source d'hébergement d'univers web 3D immersive qui accueille certains de mes projets et prototypes réalisés par Jenny Bihouise) ces 26 et 27 juillet 2014, nous aurons le plaisir d'exposer et de présenter, notamment à nos amis américains et anglophones du Métavers, la modélisation opérationnelle d'une Roue à livres du 16e siècle.
C'est notamment ainsi que la prospective du livre et de la lecture anticipe la révolution prochaine de la médiation documentaire numérique en explorant aussi les laboratoires du futur web... 

 

vendredi 4 juillet 2014

Sur Ecriture et Plasticité de Pensée par Marc-Williams Debono

J'ai rencontré pour la première fois Marc-Williams Debono récemment à l'Ecole nationale des Chartes à l'occasion de la séance de clôture d'un séminaire auquel nous participions tous deux.
C'est dans ces circonstances que j'ai découvert l'existence de son essai de 2013 : Ecriture et Plasticité de Pensée, paru aux éditions multiformats et multilingues Anima Viva.

Cette phrase, qui arrive en fait bien tardivement dans le livre pourrait cependant peut-être servir à l'introduire : "Après s'être vu pour la première fois dans le reflet de l'eau, après s'être représenté dans les grottes de Lascaux, l'homme avait un besoin intense de communiquer son être. L'écriture naquit ainsi non pas tant comme un palliatif de l'icône, mais comme une activité rédemptrice."
La thèse, si nous l'acceptons docilement pour sa seule beauté plastique, est hautement séduisante, tout comme l'idée fixe de l'auteur : cette plasticité, qui sous ses déclinaisons multiples de plastir et autres, semblerait presque s'apparenter, ou tout au moins s'appareiller, à une loi universelle qui régirait toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail.

Ecrire pour s'inscrire dans l'histoire que, ce faisant très précisément, nous inventerions de ce seul fait, cette réflexion y participe à sa manière. 
Du peu sans doute que je suis parvenu à saisir de la lecture de cet ambitieux ouvrage, il me semble que c'est d'abord en poète, notamment naguère édité à feues les éditions du Soleil Natal de Michel Héroult, que c'est d'abord en poète donc que Marc-Williams Debono a ici amplement et naturellement contribué à accroître ce qu'il désigne lui-même un moment comme : "un amas galactique de proses".
Ce descendant de Mallarmé, qui ne semble pas insensible à Artaud et qui ne se préoccupe apparemment guère d'être compris, qui semble raisonner et résonner simplement pour charmer ceux qui seront sensibles à la musique de ses idées, celui-là n'est pas dépourvu d'un aspect don quichottesque.  Comme les navigateurs du 16e siècle il part à la découverte, il aborde aussi les espaces numériques et même le métavers que beaucoup aujourd'hui encore ignorent avec un aveuglement tellement têtu qu'il en est émouvant.
"De fait, écrit M.-W. Debono, les rebords du monde - la page - sont si extrapolés, les caractères devenus si fuyants, le blanc incantatoire - support inhibant ou aire de lancée de l'oeuvre - devenu si dynamique que je ne cherche plus l'émergence d'un sens mais que le sens émerge de cette multiplicité d'abords."
Peut-être est-ce la poésie qui sauve (apparemment ? vraiment ?) Marc-Williams Debono de la cruauté de certains universitaires.
Peut-être ce flot de mots (ou cette fontaine d'idées ?) humanise-t-elle en courbes les reflets tranchants d'une intelligence qui se donne à voir.
Peut-être le lecteur, ici, "invagine [ses] propres pensées pour se laisser bercer par l'élaboration d'une architecture singulière" ?
Mais, comme simple lecteur, j'avoue m'être égaré dans cette architecture. Qui sait, qui pourrait dire, qui pourrait affirmer avec certitude, qu'une part de moi-même n'en demeure pas maintenant prisonnière, y errant comme dans un labyrinthe, une forme très... plastique, et quelque part vivante et se jouant de mes lectures, de mes interprétations erronées, se jouant de moi ; et ce d'autant plus que j'ai commis l'erreur, peut-être le crime finalement, de ne pas lire cet essai dans un livre imprimé, un livre que j'aurais pu refermer après lecture, que je pourrais maintenant voir rangé paisiblement sur un rayon de ma bibliothèque comme un objet normal du monde extérieur, un objet qui n'existerait que par l'usage que j'en ferais à des moments donnés que je serais seul à décider ; au lieu de quoi je me retrouve seul et désorienté face à l'absence du livre lu, de ce livre-là, qui m'interroge toujours et qui peut-être renferme la scène du crime, celle où je tombe d'épuisement et où je crève seul comme un chien au milieu de l'agora, ou de la bibliothèque.
(C'est la première fois que je réalise ce que la lecture sur ce qu'ils appellent une "liseuse" peut avoir de dangereux, par ce qu'elle implique en termes d'impossibilité de projeter sur, et symboliquement de maintenir renfermées dans, un objet matériel bien délimité, la charge, la puissance contenues dans un livre. Cela est assez inquiétant.)

vendredi 27 juin 2014

Sur Mythologies du futur de Christian Gatard

Un essai décalé, un livre incontestablement intéressant, un livre qui se révélera peut-être important selon comme le sort en décidera vient de paraître aux éditions L'Archipel : Mythologies du futur, né de l'esprit tourbillonnant de Christian Gatard.

Quels rapports avec la prospective du livre et de la lecture qui pourraient justifier que j'en parle sur ce blog ?
La première fois que j'ai rencontré Christian Gatard c'était il y a un an à la Gaîté Lyrique, ce lieu parisien lui aussi en décalage, en résonance à la fois avec le passé et le futur, à quelques centaines de mètres à peine du Musée des arts et métiers et de sa chapelle peuplée de fantômes qui naguère conçurent et utilisèrent ces drôles de machines qui l'habitent aujourd'hui.
Christian m'avait spontanément abordé en marge du Colloque Sciences&Fictions auquel nous assistions tous deux (j'évoquais ce colloque dans un post du 5 juillet 2013), il était déjà dans cette aventure des mythologies du futur et, intéressé par mes recherches, il voulait savoir s'il pourrait citer dans son livre à venir un post que j'avais publié ici même en février 2013 : Portrait du lecteur en apiculteur. Ce qui se fit donc.
 
Un gyroscope comme boussole
 
Aujourd'hui un sentiment étrange m'agite. Que dire maintenant ? Comment lire ce récit, alors que son auteur y avance l'idée que la "métalecture immersive", que j'évoquais en suggérant le lecteur comme : "celui récoltant le miel de ses imaginations" va "permettre de s'approprier les récits [de son] Plan C" (p. 85) ? 
Ce Plan C, qui nous est proposé dans cette feuille de route, comme repliée sur elle-même, découpée et présentée sous la forme d'un livre, ce plan qui nous est offert, en même temps déployé à la lecture par cette cartographie d'un monde en mutation (en perpétuelle mutation, le numérique n'a rien à voir là dedans), ce Plan C dont le lecteur entend le récit se dérouler au fil d'un long discours passionné, et qui pourrait nous rappeler les témoignages des premiers navigateurs, souvenirs précis et impressions mêlées qui servirent de prétextes au sérieux apparent et à la magie troublante des premières cartes graphiques, ce Plan C... qu'en penser ?
Je ne sais.
Les allitérations me servent ici à éviter, à dévier la charge de ce taureau.
Celui-là même inscrit dans la première lettre de l'alphabet.  
   
"On va spéculer, nous dit Christian Gatard, que les forces de l'histoire sont d'irrésistibles marées dont les almanachs sont enfin lisibles, que les mythes anciens sont les scripts du futur. Et on va, au coeur du système, introduire des interférences, des courts-circuits et autres petites facéties." (p. 158).
C'est ce qu'il fait.
Cet essai pourrait-il provoquer un court-circuit ?
Combien de lecteurs lui faudrait-il, quels relais dans les médias planétaires, quoi, combien, pour provoquer un court-circuit ?
Peut-on considérer ses presque quatre cent pages comme de simples petites facéties ?
 
Cet essai entretient en vérité un rapport profond avec la prospective de la lecture, précisément dans le sens où sa substance même, à la fois, est, et se nourrit d'une lecture du monde où la parole non parlante des symboles, la parole agissante des mythes oriente la lisibilité du monde et de son histoire, de son passé, de son présent, et de son avenir aussi.
Rappelons-nous que Christian Gatard est à l'origine de la Ligue des Mythographes Extraordinaires et qu'il participe aujourd'hui de la Société Internationale de Mythanalyse fondée par Hervé Fischer, agitateur de la mythanalyse que j'utilise moi-même dans le cadre de la prospective du livre et de la lecture.
Cette approche de la prospective par les mythes, leurs courants (flux et courants d'air) et ses ruissellements, l'oscillation entre la fable [muthos] et le discours [logos], entre les forces centripètes et centrifuges, entre "je me raconte des histoires", et, "je suis emporté par le courant de l'Histoire", cette approche de la prospective m'apparait plus éclairante et tout autant essentielle (bien plus en vérité) que les sérieuses approches académiques, stratégiques et autres, à l'américaine, à la française, ou toutes autres... 
Car il s'agit aussi de répondre à cette question à l'échelle de l'humanité et au niveau de l'Homme : Notre futur est-il écrit ?  
Quoi qu'il en soit, ce livre nous invite à une bien singulière exploration de l'avenir. Et, comme le disait Woody Allen : " L'avenir m'intéresse : c'est là que j'ai l'intention de passer mes prochaines années ! ". Nous aussi.

jeudi 26 juin 2014

Le Groupe de la Prospective du Livre

Le groupe de la prospective du livre de la lecture et de l'édition sur Facebook compte presque 1000 inscrits qui peuvent ainsi facilement avoir écho d'une partie de ma veille technologique.
N'hésitez pas à les rejoindre et à y soumettre pour publication vos informations ou vos propres trouvailles sur l'avenir du livre et de la lecture :-)

jeudi 19 juin 2014

Les bibliothèques numériques ne sont que des sites web et c'est le problème !

Les bibliothèques numériques ne sont que des sites web et c'est là le problème, oui.
Parce que, en vrai, les bibliothèques ne sont pas que des dépôts !
C'est de ce constat qu'est né le Projet BiblioSphère.
Sur les sites web des bibliothèques les internautes sont seuls face à un écran.
Les bibliothèques numériques proposent des services du web, pas une expérience de la bibliothèque : perte des repères 3D naturels, un monde plat sans aucun déplacement possible ni de choix d'une place à laquelle s'asseoir pour consulter des documents, pas de possibilités d'échanges (donner rendez-vous ou rencontrer d'autres usagers), pas de possibilités de communication avec des bibliothécaires.
Les listes déroulantes et les moteurs de recherche interne limitent les possibilités d'accès aux documents et de découvertes pour des internautes par ailleurs appâtés par Google et Wikipédia.
Bibliothèques, et, bibliothèques numériques sont déconnectées les unes des autres. Le Projet BiblioSphère propose de faire le trait d'union entre les deux, permettant ainsi à la fois, une véritable médiation humaine à distance, et, une valorisation des collections et des services existants dans la bibliothèque physique.
 
Le Projet BiblioSphère est membre du Collectif i3Dim (L'Incubateur 3D immersive) et a récemment été l'objet d'une validation design thinking au cours du Mooc Pensée design organisé par France Business School.
 


 

   
Nous recherchons des établissements pilotes pour tester nos prototypes.

Dans ce type d'environnement web 3D immersive l'internaute avatarisé peut,
comme dans la réalité, faire des rencontres et dialoguer avec d'autres usagers et
échanger avec des bibliothécaires, il peut accéder aux ressources (ou à des ressources
sélectionnées) du web 2.0 sur des postes de consultation (en zoomant ils s'affichent
en plein écran sur son ordinateur), il retrouve ses repères 3D dans des environnements
identiques à sa bibliothèque habituelle ou bien imaginaires...

mardi 17 juin 2014

Le livre à venir

C'est avec ravissement que j'ai lu ces derniers jours l'essai de Maurice Blanchot : Le livre à venir.
Publié en 1959, il est par anticipation la preuve noir sur blanc que les outils informatiques ne sont que des outils, et la culture numérique, pour excitante qu'elle soit, qu'une manifestation idéologique sociale répandue.
De tous temps, à toutes les époques, le livre à venir a questionné les esprits sensibles au pouvoir de création des écritures, par les langues les nombres, les codes et symboles.
Lisons Blanchot : " Que livres, écrits, langage soient destinés à des métamorphoses auxquelles s'ouvrent déjà, à notre insu, nos habitudes, mais se refusent encore nos traditions ; que les bibliothèques nous impressionnent par leur apparence d'autre monde [...] il faudrait être bien peu familier avec soi pour ne pas s'en apercevoir. Lire, écrire, nous ne doutons pas que ces mots ne soient appelés à jouer dans notre esprit un rôle fort différent de celui qu'ils jouaient encore au début de ce siècle : cela est évident, n'importe quel poste de radio, n'importe quel écran nous en avertissent, et plus encore cette rumeur autour de nous, ce bourdonnement anonyme et continu en nous, cette merveilleuse parole inentendue, agile, infatigable, qui nous dote à chaque moment d'un savoir instantané [...] Ces prévisions sont à notre portée. Mais voici qui est plus frappant : c'est que, bien avant les inventions de la technique, l'usage des ondes et l'appel des images, il eût suffit d'entendre les affirmations de Hölderlin, de Mallarmé, pour découvrir la direction et l'étendue de ces changements... ".
Voilà.
 
Ces tombes vivantes que les livres ne doivent pas devenir
 
Cette lecture récente a rendu possible en moi quelques pas.
Avançant dans l'écoute de la parole agile, certaines des intuitions que je formulais ici même en février 2013 dans le court texte : Portrait du lecteur en apiculteur, se sont généreusement dégrossies, affinées.
C'est ainsi que ces derniers jours plusieurs posts brefs ont fait état de ce qui pourrait porter le nom léger d'élucidation.
Voici :
Notre rêve éternel d'un outre-livre prend notre imagination en défaut, car c'est uniquement par une conversion de la littérature, cette source parlante qui s'écoule en nous tous, que pourra se résoudre la métamorphose du livre en quelque espace de l'être-lecteur (ou l'être-lettres), et cela en s'affirmant dans son effacement même, tout comme le papillon est déjà vol dans le devenir de la chenille, dans son apparente disparition, sa fausse mort, car, comme c'est à la chenille de rendre visible le papillon, et non l'inverse, c'est aux oeuvres de rendre visible le livre dans son essence, et non l'inverse ; c'est aux oeuvres de littérature qu'il appartient d'être d'outre-livre et d'inventer des livres à leurs mesures, de faire corps, et non aux supports et aux dispositifs de lecture de corseter  le vol, de canaliser l'éclair : une chenille qui ne libère pas son papillon est une tombe vivante.
Et de cela je suis redevable à la lecture de ce livre à venir de Maurice Blanchot.
 
Un algorithme jamais n'abolira...
 
Au fil de ses pages il apparaît bien des ressemblances entre ce qui s'exprimait déjà dans Un coup de dés et nos désirs fous du Livre.
L'espace littéraire a ses propriétés et ses originalités bien plus proches de Mallarmé que d'Euclide. Cet espace s'invente lui-même, se déploie et se creuse, se rassemble et se dissémine, "étrange dehors dans lequel nous sommes jetés en nous hors de nous".
Comme l'écrit Christian Gatard dans Mythologies du futur (L'Archipel, juin 2014) : "Avec un peu de bonne volonté numérique, l'expérimentation de l'imaginaire va bouleverser notre rapport au monde" (un essai captivant que je chroniquerai bientôt ici même). Et en effet, comment ne pas penser, comment ne pas espérer que l'extension de notre univers avec l'exterritorialité numérique et l'hybridation des espaces physiques et virtuels ne nous permettent pas de prendre enfin conscience des relations spatiales engendrées par la parole ?
 
"Un coup de dés, écrit Blanchot, annonce un livre tout autre que le livre qui est encore le nôtre : il laisse pressentir que ce que nous appelons livre selon l'usage de la tradition occidentale, où le regard identifie le mouvement de la compréhension avec la répétition d'un va-et-vient linéaire, n'a de justification que dans la facilité de la compréhension analytique.", et d'ajouter : "Au fond, il faut bien nous en rendre compte : nous avons les livres les plus pauvres qui puissent se concevoir, et nous continuons de lire, après quelques millénaires, comme si nous ne faisions toujours que commencer à apprendre à lire."
Et enfin, quelques pages plus loin et en simple petite note de bas de page : "Ce vers quoi nous allons n'est peut-être aucunement ce que l'avenir réel nous donnera. Mais ce vers quoi nous allons est pauvre et riche d'un avenir que nous ne devons pas figer dans la tradition de nos vieilles structures." CQFD !