samedi 23 septembre 2017

Repenser les politiques de lecture publique

Depuis des années les évolutions nécessaires des bibliothèques de lecture publique et des bibliothèques universitaires sont au coeur de mes préoccupations de prospectiviste du livre et de la lecture, et donc de mon travail de veille stratégique et de détection des signaux faibles.
Ce travail en perpétuel chantier se structure progressivement autour de lignes de force qui pourraient contribuer à la réflexion des professionnels des secteurs concernés.
 
Deux perspectives susceptibles de développements et d'applications concrètes sur le terrain sont d'ores et déjà clairement discernables : 
1 - La nécessaire invention de nouvelles médiations du livre et de la lecture passant par une redéfinition des droits des lecteurs...
2 - L'installation de médiathèques publiques et de bibliothèques universitaires dans le cyberespace appelé à être demain de plus en plus une véritable extension de nos territoires physiques...

Durant ces dernières années j'ai abordé ces deux axes de développement et de fabrique de l'avenir dans plusieurs posts, notamment ici même sur ce blog de la prospective du livre et de la lecture : 
N'hésitez pas à me contacter si vous souhaitez échanger sur ces sujets..

vendredi 22 septembre 2017

La Création Artistique comme Acte Magique


J'ai le plaisir de vous annoncer la reprise du séminaire de recherche interdisciplinaire Ethiques & Mythes de la Création (EMC) de l'Institut Charles Cros auquel je suis rattaché. Cette séance aura pour thème : La Création Artistique comme Acte Magique, et rassemblera les essais, les expériences et les témoignages de deux plasticiennes : Olga KATAEVA, peintre et doctorante cinéma à l’université de Paris 3 Sorbonne, avec comme intervention : L’art comme création magique et extatique dans l’œuvre de Sergueï M. Eisenstein, et Myriam MIHINDOU, photographe et plasticienne, avec : Géographies du rêve.
Rendez-vous le mercredi 4 octobre 2017,  à l’Espace Harmattan,  24 rue des écoles, 75006 Paris, de 14 heures à 17 heures, entrée libre dans la limite des places disponibles.
Plus d'informations sur le site web de L'Institut Charles Cros en suivant ce lien...

jeudi 21 septembre 2017

J'ai des choses à vous dire...

Lorenzo Soccavo
Oui, j'ai bien des choses à vous dire sur différents sujets, mais qui tous ont à voir avec l'avenir du livre et de la lecture.
Je pourrais vous raconter, par exemple, comment les lectrices et les lecteurs du 21e siècle pourraient devenir des fictionautes, des voyageurs inter-fictionnels et voyager véritablement dans les romans qu'ils lisent.  Oui, je le peux.
Je pourrais vous parler de l'émergence de nouvelles formes de narrations qui dépassent de beaucoup les limites des dispositifs de lecture quels qu'ils soient.
Nous pourrions faire ensemble l'archéologie de l'e-book et de "l'édition numérique" pour envisager sérieusement les perspectives d'un nouveau marché du livre.
Nous pourrions réfléchir ensemble à de nouvelles formes de médiation du livre et de la lecture et, par exemple, à l'avenir des bibliothèques et des médiathèques, notamment dans le cyberespace. Nous pourrions en débattre avec les "usagers" des bibliothèques. 
Nous pourrions sensibiliser les étudiant-e-s aux métiers du livre et de l'édition aux mutations auxquelles ils devront faire face durant leur carrière, leur donner la parole, et leur donner les clés pour une veille stratégique qui soit vraiment pertinente et personnelle et non pas automatisée par des algorithmes de recherche.

Autant de thèmes de conférences et de débats entre nous ! 
Après l'autonomisation du lecteur de fictions littéraires, mon premier souci est d'aider les acteurs de l'interprofession du livre à penser leur avenir en toute liberté d'esprit.
Je ne fais jamais deux fois la même conférence. Entre deux interventions je continue de réfléchir, de découvrir, et de poursuivre une veille qui repose sur l'extension continue du domaine du livre et de la lecture.
Oui, j'ai des choses à vous dire et je suis à votre écoute. Et vous ?
N.B. : Illustration D.R. : photo de Loiëz Deniel au Festival Vidéoformes 2017. "Lorenzo Soccavo en compagnie d'Elise Aspord".

samedi 26 août 2017

Une nouvelle bibliothèque en orbite ?

Dans quelques mois au plus tard les internautes qui le souhaiteront pourront, via la plateforme web 3D immersive OSGrid de la communauté internationale de développement du logiciel libre OpenSimulator - logiciel de création de mondes virtuels -, se connecter depuis chez eux à la Nouvelle BiblioSphère

Avec les flèches de leur clavier ils pourront simplement y déplacer leur avatar personnalisable selon leurs goûts et y échanger par la voix ou par écrit avec des accompagnateurs ou d'autres internautes auxquels ils auront donné rendez-vous.

Cet espace de la Nouvelle BiblioSphère présente trois niveaux, dont deux halls qui exposent les différentes possibilités de médiation autour du livre et de la lecture exploitables dans ce type d'espace web et que j'expérimente depuis plusieurs années, notamment avec Jenny Bihouise, qui se consacre au développement d'applications métier dans le web 3D, et Adret Web Art. A bientôt dans le cyberespace alors !
* Plus d'informations sur nos travaux en 3D en suivant ce lien interne...

lundi 21 août 2017

Espaces-temps fictionnels et désobéissance civile

Le premier long-métrage de Jean-Gabriel Périot, Lumières d'été, actuellement en salles (peu de salles malheureusement) superpose habilement deux espaces-temps : le passé (1945), dans lequel se trouve rejetée la réalité historique, et le présent (2017) dans lequel la fiction fait intrusion. 
Le phénomène qui se passe alors peut laisser penser que, davantage que le chevauchement, la coexistence, la cohabitation de fait de ces deux espaces-temps, et la forte probabilité aussi de la généralisation de ce phénomène, c'est-à-dire du fait que ce double recouvrement du passé par le présent et vice-versa, avec ce rejet de la réalité dans le passé et ce surgissement de la fiction dans le présent, soit fréquent, notamment dans des populations et des territoires fortement traumatisés par leur histoire ; ces faits peuvent laisser penser que le fiction pourrait être parfois un espace concret de libération et d'émancipation.

Ce film Lumières d'été de Jean-Gabriel Périot ferait un excellent sujet d'étude je crois pour des universitaires soucieux d'élargir le champ de réflexion de la narratologie.
La question implicite qu'il pose pourrait être formulée ainsi, si on se place dans la perspective de mes propres recherches : 
- Dans certains cas la fiction pourrait-elle être considérée comme un outil de résistance, voire de désobéissance civile, si nous l'envisageons comme un moyen de déplacer l'histoire officielle et les multiples histoires vécues sur d'autres niveaux de lecture ?

mardi 15 août 2017

Extension du domaine du livre et de la lecture

Le périmètre du champ d'influence des livres et de la lecture, ou dit autrement des dispositifs et des pratiques de lectures, ne cesse de s'étendre.
Que ce soit comme sources d'informations ou comme supports de diffusion, mon attention se porte de plus en plus entre autres vers les recherches universitaires et vers les arts numériques au sens large.
Pour ce qui est du versant public de mon travail permanent de veille, en plus de mon intense activité sur Facebook, Twitter, Google+, Linkedin, Viadeo..., réseaux sur lesquels je relaie des contenus souvent différents en fonction de leurs spécificités, j'ai récemment élargi ma zone de publication à deux autres plateformes :
- Framasphère (réseau social de Framasoft, mouvement d'éducation populaire du logiciel libre, créé à partir du réseau social libre Diaspora*), et,
- Digitalarti (réseau digital art & innovation, pour lequel : "L'art numérique est au carrefour de l'art, de la science, de la technologie et des émotions."). 
N'hésitez pas à venir m'y retrouver !
Si vous avez besoin pour vos projets de développement d'une veille stratégique dédiée et confidentielle, contactez-moi alors en privé. Les prestations que je propose sur ce domaine d'intervention sont hautement personnalisées (aucun recours à des logiciels de veille automatisée) et reposent avant tout sur mon approche et mes connaissances transversales des devenirs du livre et de la lecture, le renseignement humain, la détection de signaux faibles et l'intermédiation.

http://media.digitalarti.com/fr/blog/lorenzo_soccavo

vendredi 28 juillet 2017

Les Mondes Miroirs comme nouveaux espaces de médiation littéraire

Comme les autres probablement, notre espèce animale ne peut naturellement concevoir l'idée d'espaces qu'à partir de l'expérience pratique qu'elle peut en avoir par l'intermédiaire de ses sens physiques. Dit autrement : nous sommes mentalement conditionnés par le type d'espaces que nos sens peuvent percevoir.
Le cyberespace, tout comme les mondes intérieurs des croyants ou des mystiques ne répondent pas à ces limites et solliciteraient un autre niveau de perception ou de prise de conscience.
L'espace de nos rêves nocturnes nous confronte chaque nuit à d'autres logiques spatiales et, pour ce qui nous intéresse tout particulièrement ici, l'espace intérieur du lecteur de fictions littéraires, celui dans lequel le lecteur visualise et ressent les effets de réel des histoires qu'il lit, il doit lui aussi répondre à ses propres logiques, que justement je m'efforce d'élucider avec mes recherches. 
 
Les expérimentations que nous menons avec Adret Web Art et Jenny Bihouise, avec quelques auteurs et partenaires ont pour objectif de tester le potentiel d'espaces en 3D immersive avec avatars sur le Web, dans le vaste domaine de la recherche de nouvelles formes de médiations de la lecture. 
Ces tests développés sur OSGrid (plateforme officielle des développeurs du logiciel libre de création de mondes virtuels, OpenSimulator) ou sur EVER (Environnement Virtuel pour l'Enseignement et la Recherche, de l'Université de Strasbourg) concernent tant les recherches autour de la lecture audio, que le passage de la mise en scène à la "mise en monde", ou encore l'élaboration d'espaces de médiations ou d'apprentissages autour du livre et de la lecture...


Notre dernière expérimentation propose la découverte du monde miroir d'un jardin parisien.
A Paris, entre la Gare de l'Est et le Quai de Valmy du Canal Saint-Martin, le Jardin Villemin est un lieu emblématique du 10e arrondissement.
Cet endroit de forte mixité sociale et culturelle, et on ne peut plus ancré dans la réalité quotidienne, est au coeur du Carnet littéraire du 10ème arrondissement de Paris, entrepris par la romancière québécoise Danielle Dussault, à l'occasion d'une résidence d'écriture au Centre international d'accueil et d'échanges des Récollets, jouxtant le Jardin Villemin. 
C'est à l'écoute de ce texte, enregistré par l'auteure et les voix de Jacqueline et Jean-Claude Barral d'Adret Web Art, que nous invitons les internautes au cours d'une promenade dans la modélisation 3D immersive du jardin, réalisée par Jenny Bihouise.


Un monde miroir est le reflet dans une simulation numérique d'une parcelle du monde réel. Dans le montage photo ci-dessus, vous avez en haut une vue Google Earth du Jardin Villemin, et en dessous une vue aérienne de la même zone en web 3D. Dans ce deuxième cas, les internautes connectés à la plateforme peuvent conjointement se déplacer, se promener et échanger ensemble dans le jardin comme ils le feraient dans la réalité, et pour cause : c'est la réalité, mais sur un autre plan, dans une autre conception spatiale.
Une telle approche des mondes miroirs comme potentiels nouveaux espaces de médiation littéraire participe de mes recherches sur l'espace intérieur du lecteur de fictions.

vendredi 21 juillet 2017

in memoriam Labo BnF

Durant l'été 2014, il y a trois ans déjà, le Labo BnF, espace dédié à l'innovation du livre et de la lecture au sein de la BnF était discrètement démantelé.
Depuis, rien n'est venu remplacer ce qui au contraire aurait dû s'épanouir résolument.

Je n'ai aucun jugement à exprimer. Chacun et chacune est responsable de ses actes.
 
Seul mon engagement personnel est en jeu dans ma démarche et dans ce que, à partir du lundi 31 juillet de cette année 2017, jour de la Saint Ignace de Loyola, je pourrais entreprendre dans l'écho de cette disparition.
 
Aussi, par ma présence solitaire et silencieuse et mon silence réprobateur, je ponctuerai cet étrange espace de ma tristesse le lundi 31 juillet 2017 de 16H30 à 17H30. Et je resterai ainsi à l'extérieur au niveau de la descente vers l'entrée. Tout simplement.

N.B. : Photographies sous licence Creative Commons CCo Public Domain, libres pour tous usages sans attribution requise - source https://pixabay.com/

lundi 10 juillet 2017

Promenade Littéraire et Cyberespace


Prochainement je serai en mesure de rendre compte et d'inviter les fictionautes volontaires à une expérience de promenade littéraire dans le monde miroir d'un lieu parisien. A suivre cet été...

dimanche 9 juillet 2017

Du Métavers au Livre Audio

Plusieurs des créations numériques en immersion 3D avec avatars que j'ai accompagnées depuis 2016 à titre expérimental sur la plate-forme EVER de l'Université de Strasbourg viennent d'être éditées par VOolume en livres audio (CD et téléchargements), respectivement : Au fil de l'eau d'Ann Rocard ; Camille Claudel, la valse des gestes, et, Barbara, ébène et ivoire, de Denis Morin.



mercredi 21 juin 2017

L'imaginaire littéraire comme territoire

Dans ce nouveau texte : L'imaginaire littéraire comme territoire, j'ai voulu attirer notre attention sur l'espace intérieur du lecteur de fictions littéraires
Pour ce faire nous allons sommairement essayer d'y dépasser l'horizon de certains concepts, comme ceux de métalepse, d'identité narrative et d'effets de réel, pour proposer aux lecteurs de nouvelles expériences de lecture
J'ai opté, comme cas pratique, pour la lecture comparative de courts extraits choisis provenant des deux traductions en français du roman de Thomas Mann, La montagne magique, roman culte pour moi.
Vous pouvez lire ce texte sur le site d'Academia en suivant ce lien...

mardi 20 juin 2017

Prospective du Livre et Mythanalyse

Mon texte de 2014 : Nous, animaux fabulateurs et nos technologies de l’illusion, qui traite des rapports, des passerelles entre la prospective du livre et de la lecture et la mythanalyse, dans un numéro spécial sous la direction de Hervé Fischer des Cahiers de M@GM@ est maintenant disponible en version imprimée (et PDF) aux éditions Aracne (textes en français) :

Plus d'informations et commandes sur le site de l'éditeur...

dimanche 18 juin 2017

Se libérer par les métaphores


A la double métaphore du monde comme livre et du livre comme monde, je substitue dans mes recherches celle de la lecture qui sort du bois et du lecteur qui entre dans la forêt.
L'idée de ce double mouvement dans l'espace de notre imaginaire, et aussi, dans le temps, ce moment unique où l'un et l'autre, la lecture et le lecteur, en viennent à se croiser, à se rencontrer, seraient propices je crois à réfléchir l'autonomisation du lecteur de fictions littéraires.
Ce à quoi je travaille.
Si cela vous intéresse n'hésitez pas à me contacter.

vendredi 16 juin 2017

Le chainon manquant entre l'homme et le fictionaute ?

L'avatar numérique pourrait-il être le chainon manquant entre l'hominidé et le fictionaute, ce voyageur inter-fictionnel qui, en nous, vient au monde avec ce millénaire ?
C'est à cette question que je vais tenter de répondre très brièvement.
Je le fais ainsi, c'est-à-dire sous la forme d'un court texte écrit qui, par exemple, pourrait ensuite être lu par mon avatar sur les opensims.
Les opensims sont un ensemble de continents flottants dans le cyberespace comme de grosses bulles de savon.
Concrètement il s'agit de plate-formes web 3D immersives développées à l'aide de logiciels libres et nécessairement hébergées sur les supports matériels de serveurs informatiques qui ont logiquement des propriétaires : ils peuvent donc disparaitre à tout instant, propriétaires comme plate-formes, comme des bulles de savon.


Mais ce sont cependant des mondes peuplés.
Ces mondes sont peuplés par les avatars des internautes qui s'y connectent.


Les avatars qui les habitent donc y sont des représentations pixelisées, des projections des internautes qui s'y sont avatarisés volontairement et ont, pour l'instant encore, le plus souvent une existence biologique, même s'ils peuvent être sur Terre séparés les uns des autres par plusieurs milliers de kilomètres.
Si au lieu de lire ce texte seul devant votre écran nous étions vous et moi connectés sur un même opensim, je pourrais vous le lire, nous serions affectivement ensemble vous et moi au même endroit et au même moment, tout en étant effectivement séparés par un certain nombre de kilomètres. 

Nous serions proches l'un de l'autre car je pourrais vous lire mon texte et nous pourrions en discuter ensemble.

Mon avatar n'est pas moi.
Mais mon avatar n'est pas un autre. 


En me demandant si mon avatar numérique pourrait être le chainon manquant entre mon corps biologique, et, le fictionaute que j'aspire à devenir pleinement, je m'interroge pour évaluer, tant les capacités du cybersespace à accueillir les fictions qui lui sont antérieures, que mes propres capacités de lecteur à donner forme et vie à mon propre liseur.
Mon liseur est la part de moi que je projette dans une fiction quand mon moi est un moi-lecteur. 

Quand il est en train de lire une fiction. 
Quand je lis. 
Quand je lis un texte de fiction littéraire.
Pourrais-je alors avatariser mon liseur pour le projeter dans une forme de cyberespace qui serait celui de la fiction que je serais en train de lire ? 
C'est cela, cette projection du liseur dans l'espace imaginaire de la fiction que j'appelle : "le fictionaute".

Sur cette double photo, au moment des clichés, je suis à la fois chez moi à Paris 
où je regarde en direct sur un service de vidéos en ligne une conférence de Yann Minh 
le 07 juin 2017 à Nantes, et, sur une plate-forme Opensim sur laquelle j'assiste avec 
un autre public (photo du bas) à la retransmission de la même conférence, tandis que 
dans la salle à Nantes (photo du haut) la conférence dans le cyberespace est projetée 
sur un mur. Cela n'a vraiment rien d'exceptionnel ! Depuis des années je vis de telles
expériences. Ce qui est étrange c'est que ces nouveaux territoires ne soient pas exploités, 
tant pour explorer de nouvelles formes de médiation du livre et de la lecture, que pour y
expérimenter de nouvelles formes de narration.

Alors, l'avatar numérique pourrait-il être le chainon manquant entre l'hominidé et le fictionaute ?
J'entends simplement par hominidé, l'animal biologique que je suis, comme vous, en supposant qu'aucune autre forme d'intelligence n'ait accès à ce texte, à sa lecture. Ce qui est déjà peu probable en vérité.
J'entends par fictionaute, ce que je pourrais consciemment projeter de moi dans les fictions, sur le modèle d'ancêtres qui expédièrent certains des leurs vers les iles aux épices du Pacifique, ou plus tard, dans l'espace interstellaire.
 
La question reste donc : l'internaute est-il un fictionaute en puissance ?
Pour l'instant, je ne pense pas vraiment que l'avatar numérique puisse être le chainon manquant entre l'hominidé et le fictionaute. Je doute encore. Mais je me trompe peut-être.
Ce texte est un message lancé dans le cyberespace pour qu'il soit entendu par d'éventuels fictionautes à l'écoute et qui pourraient me contredire. Je n'attends que cela.

dimanche 11 juin 2017

Actualisation de la Liste des Editeurs Numériques Francophones

Liste actualisée le 11 juin 2017 des 184 acteurs de l'édition numérique francophone (143 éditeurs et 41 prestataires de services).
La majorité sont en France, mais quelques-uns aussi au Québec, en Belgique, en Suisse Romande, en Afrique francophone, au Danemark, aux Etats-Unis, en Nouvelle-Calédonie, en Australie…
Si vous en connaissez d'autres merci de nous les signaler en commentaires.
Accès direct, gratuit et sans publicités sur ce  blog de la Prospective du Livre en suivant ce lien...

jeudi 25 mai 2017

Bibliographie Narrative et Autonomisation des Lecteurs

Dans mon texte intitulé L'Ange absent de Don Quichotte qui vient juste de paraitre dans la revue en ligne du CUBE - Création et société numérique, je pars d'un exemple concret, ce propre texte sur le thème de l'émancipation du lecteur en soi, pour montrer comment la constitution d'une bibliographie narrative pourrait permettre une autonomisation de ce soi-lecteur. Qu'en pensez-vous ?
Lien direct vers L'Ange absent de Don Quichotte...

Un texte à découvrir sur le site cuberevue.com

lundi 22 mai 2017

Le concept de Connexion Narrative est-il opérationnel ?

Un projet innovant en art numérique, présenté par Adret Web Art sur la plateforme de financement participatif KissKissBankBank, bénéficiant de l'appui de Digitalarti, acteur majeur de la création numérique, et de celui de Patrick Moya, un des artistes numériques francophones les plus emblématiques sur Second Life, va permettre de tester mon concept de Connexion Narrative.

De quoi s'agit-il ?
Une connexion narrative est une connexion internet qui embarque l'internaute dans une narration, c'est-à-dire dans une mise en récit qu'il vit par l'entremise de son avatar qui l'immerge véritablement dans l'action.
 
L'internaute participant vit alors la chose sur deux plans :
- D’abord au niveau de l'expérience extérieure proposée avec la trame narrative de Garibaldimania, et qui tour à tour le place en situation au centre de la production artistique...
- Ensuite, au niveau de son expérience intérieure, où il sera progressivement amené à prendre conscience de son évolution de simple auditeur ou spectateur à un statut d’acteur agissant.
L’objectif est de favoriser un sentiment d'effacement des écrans...
Dans l'expérimentation prévue, pour aider à cette métamorphose de l’internaute, Garibaldimania le plongera au coeur d’une polémique internationale concernant le personnage historique de Garibaldi, figure emblématique du Risorgimento italien.
L'expérience vise à faire émerger d'un texte, originellement écrit pour le spectacle vivant, une nouvelle matière narrative issue d'une forme de participation des lecteurs-spectateurs.
Mon hypothèse est qu'une telle connexion narrative ne peut se potentialiser que dans un univers à la fois fictionnel et non jouable, ce qui le différencie des univers des jeux vidéos.

Ce projet ayant besoin d'une programmation informatique spécifique (scripts) il fait actuellement l'objet de la part d'Adret Web Art d'une campagne de financement participatif sur Kiss Kiss Bank Bank, que je vous encourage à soutenir.
Pour la modeste somme de 05 euros (qui vous seront remboursés si la collecte n'atteignait pas son objectif) vous pouvez contribuer à la réalisation de cette expérience qui devrait ensuite avoir lieu sur la plate-forme web 3D immersive avec avatars EVER (Environnement Virtuel pour l'Enseignement et la Recherche) de l'Université de Strasbourg, qui a déjà accueilli dans le passé plusieurs de mes prototypes d'espaces virtuels pour la médiation du livre et de la lecture francophones. Si vous le souhaitez, vous pourrez ensuite participer à l'expérience théâtrale sur le Web 3D ...

* POUR VOIR ET SOUTENIR LE PROJET GARIBALDIMANIA D'ADRET WEB ART CLIQUEZ SUR CE LIEN DIRECT... *



N.B. : En ce qui me concerne spécifiquement j'accompagne Adret Web Art pour porter ses réalisations sur le web 3D immersive avec avatars et plus particulièrement, avec ce projet GARIBALDIMANIA, pour tester la potentialité du concept de "connexion narrative". Je reste par ailleurs entièrement disponible pour conseiller ou accompagner tous projets et toutes initiatives liés à la recherche de nouvelles formes de narrations et à l'autonomisation des lecteurs, ou pour intervenir comme conseiller littéraire dans le cadre de l'édition numérique francophone...

vendredi 19 mai 2017

Que transmettons-nous quand nous lisons à haute voix ?

Pourquoi spontanément disons-nous : "lire à haute voix", et, "lire à voix basse" ?
Ce positionnement des termes dit-il lui aussi quelque chose ?
Qu'est-ce qui se joue, au niveau de la lecture, entre la voix et l'écrit depuis, à la fois, notre maitrise du langage articulé, puis, quelques millénaires plus tard, celle de l'écriture ?
En quoi et comment notre corps physique, les vibrations qu'il émet et celles qu'il reçoit, entre-t-il en jeu ?
Pourrions-nous comparer la tension porteuse entre texte et voix, avec celle entre texte et image ?
Tant de questions qui couraient en filigrane à l'occasion de la conférence d'ouverture du Festival du Livre Audio à Strasbourg, que j'ai eu le plaisir de donner le 16 mai dernier au Centre de Culture Numérique de l'Université de Strasbourg et à l'invitation de La Plume de Paon.

Passer de la parole à l'écriture c'est faire un saut de l'invisible au visible. 
Notre espèce l'a fait. Elle est dans ce saut. 
La plupart du temps nous n'en avons pas conscience. 
Quelle portée a alors le fait d'écouter lire, ou de lire à voix basse, ou à haute voix ? Et le fait d'enregistrer des textes écrits ?
Par hasard, mais le hasard existe-t-il, je lisais la veille de mon intervention ceci : "Mais le Nommo, lorsqu’il parle, émet comme tout être une buée tiède porteuse de verbe, verbe elle-même. Et cette buée sonore, comme toute eau, se meut sur une ligne hélicoïdale..." (extrait de l'ouvrage de 1948, Dieu d'Eau, de l'ethnologue Marcel Griaule, en pays Dogon). Je trouve à la fois très belle et très intéressante cette idée de "buée sonore". 
  

De l'Antiquité au Cyberespace 

  
De l'Antiquité, évidemment nous avons rappelé l'étonnement de Saint Augustin lorsqu'il découvrit pour la première fois son Maître lisant sans proférer aucun son : « Quand il lisait, ses yeux couraient les pages dont son esprit perçait le sens ; sa voix et sa langue se reposaient. Souvent en franchissant le seuil de sa porte, dont l’accès n’était jamais défendu, où l’on entrait sans être annoncé, je le trouvais lisant tout bas et jamais autrement. » (Les Confessions de saint Augustin, extrait Livre VI, chapitre III), et j'ai trouvé intéressant de mettre en parallèle une peinture de Benozzo Gozzoli : "Saint Augustin entend le "Tolle, lege.« Prends et lis ! ».
Le "saisis", "attrape", le livre, le texte. Prends et lis !
Puis, pour le cyberespace, j'ai présenté le concept LIRE EN CHOEUR d'Adret Web Art que j'accompagne dans ses projets, notamment sur la plate-forme web 3D immersive avec avatars, EVER (acronyme de : Environnement Virtuel pour l'Enseignement et la Recherche) de l'Université de Strasbourg justement. 
La photo ci-dessus illustre cette présentation et vous pouvez accéder à la page web que je commentais en suivant ce lien : http://www.theatre-adret.fr/emission-lire-en-choeur.php, vous y aurez toutes les explications pour découvrir cette formule innovante d'émission de (web) radio invitant les auditeurs, non seulement à l'écoute, mais aussi à la lecture à haute voix.


N.B. : Les photos sont de Cécile Zanetta, merci à elle.

mardi 2 mai 2017

En avatar sur un campus universitaire

Lorenzo Soccavo en avatar sur le campus de l'université de Strasbourg

Devant une des entrées du Centre de Culture Numérique de l'université de Strasbourg, mon avatar en éclaireur sur la plate-forme web 3D immersive avec avatars, EVER (Environnement Virtuel pour l'Enseignement et la Recherche). 
J'y serai "in real life" le 16 mai 2017 pour y donner la conférence inaugurale du Festival du Livre Audio (informations dans le post précédent : Le Livre Audio fait la Une de Strasbourg).

lundi 24 avril 2017

Le Livre Audio fait la Une de Strasbourg

Le mardi 16 mai 2017 j'aurai le plaisir de donner la conférence inaugurale du Festival du Livre Audio au sein du Centre de Culture Numérique (CCN) de Strasbourg.
Organisée par La Plume de Paon, cette manifestation de cinq jours, dont vous pouvez télécharger le programme complet en suivant ce lien, ouvre le débat et les échanges sur le développement du livre audio face à l'imprimé et au numérique.

Ma conférence titrée : 

L'Audio et le Livre, une aventure de l'Antiquité au Cyberespace,

retracera l'importance de la lecture à haute voix dans l'histoire de la transmission des mythes puis des livres, en s'attachant à en faire ressortir les lignes de force qui s'expriment aujourd'hui, et sans doute même plus fortement encore que dans le passé. 
Le projet Lire en Chœur d'expérimentation d'enregistrement d'une émission de web radio sur la lecture à voix haute, dans un studio d’enregistrement virtuel sur la plate-forme EVER de l'université de Strasbourg servira d'illustration finale.

lundi 10 avril 2017

Voyager dans la fiction comme dans un espace - cas pratique

Par l'entremise de mon avatar je suis à la disposition de tous les internautes des espaces opensims pour venir lire, là où ils sont, un court texte (moins de 05 minutes), lequel tente d'apporter une réponse à la question suivante : 
 
L'avatar numérique pourrait-il être le chainon manquant entre l'hominidé et le fictionaute, ce voyageur inter-fictionnel qui, en nous, vient au monde avec ce millénaire ? 
 
La lecture sera faite en français. Mes hôtes et hôtesses restent libres de traduire puis de diffuser mon texte, les séances de lectures in world peuvent être librement enregistrées et filmées, tout est possible tant que l'intégrité de sens de mes propos est respectée et que j'en reste clairement désigné comme leur auteur.
Après ma lecture (moins de 05 minutes) je peux normalement rester connecté pour échanger, voire essayer de répondre à d'éventuelles questions. 
 
Dans cette perspective donc, je reste à l'écoute du cyberespace.
Contactez-moi directement ou ici en laissant un commentaire...

N.B. illustration : rencontre dans le cyberespace d'un opensim entre mon avatar et l'avatar jumeau Mara Sa de Soizic Sanson et Claire Sistach dans le cadre de leur performance immersive DualCorps de septembre 2016.

dimanche 9 avril 2017

Réponses à une étudiante sur le futur du livre

J'ai régulièrement le plaisir de répondre à des interviews d'étudiantes ou d'étudiants de diverses filières, mais qui tous ont en commun de s'interroger sur les évolutions des dispositifs et des pratiques de lecture. 
En général je suis à leur écoute et à celle de leurs enseignants et de leurs établissements pour notre intérêt réciproque, car, de fait, nous traversons tous bel et bien une période historique que nous pourrions qualifier, comme je le fais parfois, comme étant celle des "e-incunables"...
 
- Quel impact l’apparition des appareils de lecture numérique a-t-il eu sur le marché du livre ? Quel bilan peut-on faire aujourd’hui ?
 
Concrètement presque aucun je pense. Les ordinateurs n'étaient pas et ne sont pas conçus pour une lecture attentive dans la durée. Quand les "liseuses" à encre électronique sont arrivées à partir de 2007 elles ont suscité un grand espoir, dont je me suis alors fait l'écho dans mon premier livre "Gutenberg 2.0 le futur du livre", mais leur marché a vite été menacé et leurs développements ralentis par l'arrivée des tablettes de type iPad, puis par les smartphones. Ces appareils sont plus couteux, mais ils sont polyvalents et plus attractifs qu'une simple liseuse qui n'a qu'une unique fonction : lire des textes. Du coup, et si l'on prend aussi en considération le travail de lobbying des acteurs traditionnels de l'interprofession du livre, le marché du livre numérique n'a jamais vraiment décollé et il stagne aujourd'hui en France comme, depuis l'an passé, aux Etats-Unis.
Le véritable impact des appareils numériques de lecture a été d'amorcer parmi les professionnels du livre et certains lecteurs, un questionnement sur l'évolution des pratiques de lecture, et de générer l'émergence d'une nouvelle génération d'éditeurs pure-players (numériques) (liste actualisée des francophones ici http://prospectivedulivre.blogspot.fr/2011/04/plus-de-30-editeurs-pure-players.html ).
 
- Qu’est-ce qu’un livre tout à fait dématérialisé qui intègre une dimension à la fois visuelle et sonore ? Peut-on encore parler véritablement de livre ?

La question se pose en effet ! A chacun(e) d'y répondre selon ses goûts ou ses intérêts. Rien n'oblige à ce que "cela" soit toujours, soit encore un livre. Ce n'est peut-être pas grave si ce n'est plus un livre. Je pense que l'important c'est, non pas tant le livre, que la lecture. Les questions qui se posent alors sont plutôt : en quoi cela fait-il récit ? En quoi est-ce narratif et immersif ? Mais aussi : est-ce que cela apporte réellement quelque chose en plus au sentiment du lecteur de "rentrer dans l'histoire", de s'identifier à un personnage ?
La BD est un bon exemple. Avec des animations, sonorisations, etc., elle devient vite un dessin animé ou un film d'animation ! 

- Considérez-vous les nouvelles technologies comme une menace pour le livre ?

Non. Pour les lecteurs attachés à une lecture au long cours sur papier imprimé les nouvelles technologies ne changent rien. Pour les autres, elles apportent des ouvertures, la possibilité de nouvelles expériences narratives, d'autres façons de se confronter à des univers fictifs et de s'immerger dans une histoire. Cela dit,  nous devons être vigilants et prendre conscience des inévitables changements générationnels et de ce qu'ils produiront : quid des tout jeunes qui font aujourd'hui leur apprentissage de la lecture et de l'écriture avec des supports numériques ? Il est probable qu'adolescents puis jeunes adultes ils ne se tourneront plus spontanément, ou moins souvent en tous cas, vers le papier.
 
- Pensez-vous que la fracture numérique entre les générations puisse empêcher des personnes de partager autour de livres ?

Peut-être, si l'on se bloque sur le dispositif. Mais nous devrions pouvoir échanger sur un même roman, autour de l'intérêt et des émotions que nous avons ressentis à sa lecture, même si certains l'ont lu en édition livre de poche et d'autres sur leur smartphone. Cela peut au contraire rapprocher. Le texte lu reste le même, et en l'occurrence s'il y a fracture elle serait plus au niveau des préjugés, ce serait davantage une fracture générationnelle que numérique. C'est une question d'ouverture d'esprit au niveau des personnes à mon avis, et cela n'a rien à voir avec les technologies utilisées.
 
- Comment voyez-vous l’avenir du livre ?

Je crois en l'avenir de la lecture, dans le sens où lire c'est capter, décoder, puis documenter, et que c'est là une fonction première et essentielle de tout organisme vivant, à la fois bien en amont et bien au-delà des livres.
Le livre, quant à lui, en tant que dispositif de lecture, des cahiers de pages imprimées pliées et reliées entre elles sous une couverture, est sinon probablement appelé à disparaitre un jour, comme jadis les tablettes d'argile ont été remplacées par des rouleaux de papyrus, puis les rouleaux par des codex de parchemin, etc. Mais d'après les historiens du livre, les rouleaux et les codex auraient coexisté pendant au moins un siècle. Ce type de remplacement est très long, il s'effectue au rythme des renouvellements de générations. Nous devons aussi par rapport au passé prendre aujourd'hui en compte les possibilités d'impression à la demande, et également les avancées technologiques à venir du support papier lui-même (papier connecté, encre électro-conductrice...) qui pourraient lui redonner une nouvelle jeunesse...
   

lundi 3 avril 2017

Une Liste de Booktubeuses et Booktubeurs Francophones

Voici une modeste liste de quelques Booktubeuses et Booktubeurs francophones, presque une soixantaine, passionnés de livres et souvent aujourd'hui meilleurs prescripteurs que les médias traditionnels. 
  
Le classement est par ordre alphabétique, afin de rompre volontairement avec la pratique qui consiste à renforcer ceux qui ont déjà une forte audience en les mettant systématiquement en avant. Rien ne dit, et les médias grand public nous le prouvent quotidiennement depuis des décennies, qu'aux plus grandes audiences correspond forcément la meilleure qualité. C'est plutôt l'inverse que nous observons.
 
En général est portée la mention "généraliste" dès lors que l'onglet "A propos..." sur leur page Youtube ne fait pas mention d'une spécialité. Dans les faits cependant, la grande majorité des acteurs de la prescription littéraire sur Youtube est constituée de jeunes femmes, des booktubeuses donc, et le plus souvent principalement lectrices de littératures de l'imaginaire et "young adults".
Lorsqu'un autre genre littéraire apparait clairement je le mentionne.
Je précise aussi si l'animateur ou l'animatrice est de la francophonie (quelques-un-es de Suisse et du Québec), et j'indique lorsqu'un blog dédié est apparenté à la chaine vidéo.

Comme pour la liste des éditeurs numériques francophones il s'agit là d'une initiative indépendante et bénévole et en aucun cas d'une recommandation de quiconque.
Cependant cette liste, contrairement à la précédente, n'a pas vocation a être régulièrement actualisée. Je vous renvoie vers le site web et les applications Booktubers, qui a déjà référencé plus de 500 booktubeurs francophones, qui vous propose leurs vidéos et de multiples services...
Vous pouvez également consulter une liste régulièrement actualisée des presque 200 éditeurs numériques francophones en suivant cet autre lien... 

 LA LISTE DES BOOKTUBEURS-EUSES FRANCOPHONES

vendredi 31 mars 2017

Livre Audio - Mon introduction à la table ronde

J'ai eu le plaisir de coorganiser et d'introduire la table ronde sur le livre audio du 30 mars 2017 à l'Ecole Estienne {voir les détails ici}.

Voici le texte de mon introduction intitulée : "Dans le livre audio se conjuguent les mystères du livre et de la parole"...

" A en croire l'actualité de ces derniers mois le livre audio serait un marché en pleine expansion.
Il bénéficiait d'une bonne visibilité, avec stands et animations au récent Salon du livre de Paris (Cécile Palusinski et Valérie Lévy-Soussan qui y étaient pourront nous en parler) et les initiatives intéressantes se multiplient (elles nous en parleront aussi).
Le développement du livre audio jusqu'alors sur cassettes audio, puis sur CD, pourrait-il profiter de l'invasion des smartphones et, dans quelques temps, des casques de réalité virtuelle ?

En introduction à cette table ronde, qui sera animée par Olivia Phélip de Viabooks, je voudrais vous inviter à un petit voyage dans le temps.
Quand nos ancêtres les plus lointains émergent à la surface de la Terre il n'y a d'abord que la vaste symphonie du monde, la bande son des éléments naturels et des autres animaux. Puis nous passons des grognements au langage articulé, et nous commençons à raconter des histoires. Il serait amusant de déterminer le rôle du mensonge dans ce que les spécialistes de l'origine du langage appellent l'invention du signal découplé.
L'oralité est première. L'écrit vient ensuite, et pendant longtemps très peu savent écrire et très peu savent lire. Celui qui sait, fait la lecture, et les autres écoutent. C'est pourquoi dans la Grèce antique il y avait plusieurs verbes pour signifier « lire », et le plus important signifiait quelque chose comme « essaimer », « distribuer ».
Au niveau individuel nous revivons tous cette histoire de notre espèce. Tout jeune enfant nos premiers contacts avec les livres le sont par les histoires qui nous sont lues par des adultes. Puis progressivement nous passons plus ou moins à la lecture silencieuse.
Pour l'helléniste Jesper Svenbro la lecture silencieuse aurait pu être rendue mentalement possible dans la Grèce antique par l'expérience du théâtre, le choc de constater que des semblables (les acteurs) pouvaient dire du texte mémorisé sans le lire, sans l'énoncer comme lu devant le public.
Françoise Prêtre aura certainement des choses intéressantes à nous dire sur l'importance de la lecture à haute voix dans les livres numériques et les applications destinés aux jeunes enfants.
Dans sa bien intéressante Une histoire de la lecture (Actes Sud éd.), Alberto Manguel rappelle comment « écouter lire » perdure au fil des siècles, et comment pendant un certain temps des lecteurs officiaient à Cuba en accompagnement des heures de travail dans les ateliers des fabriques de tabac. Je rappellerais aussi l'anecdote bien connue, dont nous trouvons trace dans l'une de ses lettres, de l'étonnement de Saint Augustin lorsqu'il découvre que son nouveau précepteur, Ambroise, lisait en remuant à peine les lèvres et sans proférer le moindre son (nous sommes vers 380).

Pour conclure, cinq points que je tiens rapidement à lister avant de passer la parole à Olivia Phélip :
D'un point de vue strictement perceptif et neuronal écouter et lire sont deux activités différentes.
La voix humaine fait incontestablement passer des émotions qui seraient à même d'engendrer une plus grande résonance affective chez le lecteur, mais en quoi cela influence-t-il le sentiment d’immersion et le processus d'imagerie mentale d'une lecture silencieuse ?
La question de l'attention se pose également : quand nous lisons, nous maintenons une activité semi-consciente permanente, c'est-à-dire que si nous cessons de lire, la lecture s'arrête, alors qu'un livre audio nous pouvons très bien cesser d'écouter et l'histoire continue de se dérouler...
Dans ma pratique personnelle de lecture de fictions, lorsqu'une phrase retient mon attention, bloquant en quelque sorte le cours naturel de ma lecture, je la relis une ou deux fois à voix basse, et alors le sentiment de visualiser, voire de vivre la scène s'en trouve généralement augmenté.
Enfin, écouter lire, est une chose, lire à voix basse pour soi, une autre, et lire à haute voix, autre chose encore.

En conclusion, la problématique lecture à haute voix / lecture silencieuse est très ancienne, et il est justement intéressant je trouve de souligner qu'elle est toujours d'actualité. Comme quoi quelque chose d'essentiel doit certainement se jouer là.
Une Commission Livre Audio, présidée par Paule du Bouchet (Gallimard - Ecoutez Lire) a été créée en 2015 au SNE, nous en avons la Vice-présidente, en la personne de Valérie Lévy-Soussan, et une étude sur les Français et les contenus audio est sortie à l'occasion du récent Salon Livre Paris. Notre sujet de ce soir est donc bien stratégique et d'actualité, et au-delà du livre audio se pose aussi déjà la question de la bande son des livres numériques et du transmédia, et Laurent Morgana aura probablement des choses intéressantes à nous dire là dessus.
Voilà. J'ai beaucoup parlé, je vais maintenant être tout ouïe... "